Organisation et gouvernance des entreprises

 

Le salarié passe en moyenne huit heures par jour dans l’entreprise, et bien sûr pour ceux qui  ont créé une entreprise, les premières années lui sont en grande parties dédiées. Nous allons voir la vie des entreprises, de l’entrepreneur-innovateur à la Société Anonyme, nous verrons aussi les Coopératives, cette autre forme d’entreprise plus respectueuse de l’humain, et nous nous intéresserons à la vie dans l’entreprise avec des relations hiérarchiques mais aussi des coopérations ou des conflits.

Les notions essentielles du chapitre avec les définitions ci-dessous : entrepreneur, micro-entrepreneur, manager, actionnaire, coopérative, gouvernance d’entreprise,hiérarchie, centralisation et décentralisation, partie prenante, coopération, conflit du travail.

I. A travers la vie d’une entreprise

    A. L’entrepreneur innovateur

    Le self-made man américain est le symbole de celui qui est parti de rien et a bâti un empire. L’histoire est pleine d’exemples d’illustres fondateurs. Aux Etats-Unis, au XIXe siècle, on retrouve notamment Du Pont de Nemours à l’origine du groupe chimique mondial , John Davison Rockfeller et la Standard Oil devenu Esso et Exxon Mobil, l’homme le plus riche de tous les temps. On retrouve aussi Carnegie, industriel et philantrope qui a bâti un empire dans le domaine du fer et de l’acier.  Au XXe, on a Henri Ford qui a révolutionné l’organisation du travail dans ses usines automobiles , Thomas Edison fondateur de la General Electric , Ralph Loren fondateur de la marque éponyme,  et au XXIe on retrouve notamment les fondateurs des GAFA, avec Jeff Bezos le président d’Amazon, considéré comme l’ homme le plus riche de la planète, Mark Zuckerberg le fondateur de Facebook ou encore Steve Jobs pour Apple et nous n’oublierons pas bien sûr Bill Gates et Microsoft.

Ces quelques exemple illustrent le concept d’entrepreneur-innovateur tel que l’a défini Joseph Alois Schumpeter (1883/1950). Cet économiste autrichien qui termina sa carrière aux Etats-Unis pour fuir le nazisme explique la dynamique du capitalisme et partant de là, de la  croissance économique, en mettant l’accent sur l’innovation. En terminale tu retrouveras cet auteur autour des théories des cycles de l’innovation dans le thème 1. Selon Schumpeter, l’entrepreneur est le capitaine d’industrie, qui a le charisme, qui sait prendre des risque dans le processus d’ innovations. Il n’est pas obligatoirement le propriétaire d’entreprise, il peut être un dirigeant salarié, un manager.

    B. La dynamique de l’entreprise et l’évolution des statuts juridiques

    Il te faut dans un premier temps, faire un petit exercice où tu vas découvrir que le développement d’une entreprise s’accompagne d’une modification des statuts juridiques. L’entrepreneur individuel, c’est à dire le propriétaire unique de l’entreprise peut choisir dans un premier temps le régime de micro-entrepreneur. C’est un régime simplifié d’entreprise pour l’exercice d’une activité indépendante, qui nécessite beaucoup moins de formalités. Ainsi, grâce à des simplifications administratives, l’État espère inciter de nouvelles vocations d’entrepreneurs porteurs de croissance économique potentielle. Puis, si son entreprise se développe et que cela nécessite des associés, alors l’entreprise peut devenir une Société A Responsabilité Limitée (SARL). Enfin si l’entreprise continue à se développer et nécessite par ailleurs des capitaux pour investir et poursuivre l’innovation permettant de se démarquer de la concurrence, alors il pourra être nécessaire de changer une nouvelle fois de statut juridique et devenir une Société Anonyme (SA), autrement dit une société avec de nombreux actionnaires (d’où le terme anonyme). Les actionnaires sont ceux qui ont acheté des actions et se faisant sont devenus propriétaires d’une petite partie de l’entreprise. Cela leur donne le droit d’obtenir le dividende, autrement dit une partie des bénéfices de l’entreprise. Nous avons très rapidement évoqué différentes structures d’entreprises. Pour plus de détail je te conseil ce tableau synthèse de l’Express

Nous avons choisi de reprendre ce schéma classique de développement de l’entreprise capitaliste. Pour autant, il est possible que les associés choisissent une autre voie de développement, plus respectueuse des travailleurs de l’entreprise ; la coopérative.

    C. Une autre forme d’entreprise : la coopérative

    Tout comme pour l’entreprise capitaliste, le capital des coopératives est privé. Mais la société est régie par de nombreux principes, parmi lesquels les plus importants sont :

– l’entreprise est possédée par les adhérents coopérateurs qui peuvent être les salariés de l’entreprise ou les clients consommateurs dans le cas d’une coopérative de consommation ou de distribution

– A chaque homme,une voix . Autrement dit à chaque décision importante de  l’entreprise les salariés-coopérateurs comme les dirigeants votent et chacun ne représente qu’une voix. A contrario dans le modèle capitaliste classique de la SA, celui qui possède le plus d’actions a le plus d’influence sur le vote du Conseil d’Administration. Si tu veux en savoir plus, jette un coup d’œil sur le site des coopératives

    D. La fin d’une entreprise

    Il est étonnant de parler de fin d’une entreprise alors que si nous regardons ne serait-ce que les entreprises leaders du CAC40 en France, elles restent le symbole vivant de la poursuite du développement d’entreprise qui sont nés avant guerre notamment. On pense par exemple aux groupes Renault, Peugeot ou Michelin, Dassault ou Danone (j’aime bien mélanger les avions militaires et les yaourts 🙂 ).

Et pourtant, une grande partie des entreprises disparaissent, soit par liquidation judiciaire, soit par absorption ou fusion ou enfin tout simplement soit par cessation volontaire d’activité.

Concernant la liquidation judiciaire, c’est l’aboutissement d’un processus juridique qui commence souvent lorsque l’entreprise ne peut faire face à ses dépenses et ne peut rembourser ses créanciers. Lorsque l’acte de défaillance d’entreprise ou dépôt de bilan est prononcé cela enclenche le processus de redressement judiciaire et qui dans 20% des cas environ aboutira à prononcer la liquidation judiciaire de l’entreprise.  Regarde les chiffres de l’INSEE si tu le souhaites.

II.  La gouvernance d’entreprise

Qu’est-ce que la gouvernance d’entreprise ou corporate governance ? Cela caractérise la manière dont sont prises les décisions dans les entreprises souvent les grandes entreprises. Comme on l’a vu au début du chapitre l’entrepreneur-innovateur est à l’initiative d’une entreprise qui par la suite est souvent gérée par la famille, c’est ce qu’on appelle le capitalisme familial, mais la bonne gestion de l’entreprise nécessite des managers, les décideurs salariés vont alors accaparer plus de pouvoirs au sein des entreprises. C’est ce qu’on appelle le capitalisme managérial. Pour former les managers, les école de commerce qui sont nés tout au long du XIXe siècle en France, vont acquérir un statut bien défini après-guerre. Si tu veux en savoir un peu plus sur l’histoire des école de commerce c’est ICI. Mais à partir des années quatre-vingt, les actionnaires autrement dit les propriétaires des Sociétés Anonymes, vont souhaiter retrouver un pouvoir en exigeant des managers une efficacité permettant d’accroître toujours plus la valeur ajoutée et donc le dividende distribué. Ce type de capitalisme financier que l’on nomme capitalisme actionnarial  a souvent connu les excès dont tu as déjà entendu parlé. La volonté de gagner de l’argent à tout prix, de limiter les coûts pour accroître les dividendes, à mis en avant trop souvent des règles de financement au mépris des conditions de travail, du bien être des salariés et aussi de l’environnement. C’est l’excès d’un capitalisme sauvage, débridé et cynique dont se sont fait l’écho beaucoup de films comme La loi du marché, Ma part du gâteau, Corporate et bien d’autres. Face à ces dérives, une prise de conscience a émergé et on s’est mis à imiter notamment le capitalisme rhénan, qui met en avant la responsabilité sociale et environnementale des entreprises et la cogestion dont nous allons parler ci-dessous. D’autre part, les grandes entreprises cherchent aujourd’hui davantage à  associer l’ensemble des parties prenantes c’est à dire les acteurs de l’entreprise au niveau  interne comme les actionnaires, les managers et autres salariés, et au niveau externe comme les clients, les fournisseurs, les créanciers, les collectivités publiques, etc.

III. ‘Guerre et paix’ au sein de l’entreprise

Pourquoi l’entreprise existe ? C’est la question que se pose l’économiste libéral Ronald Coase dans son ouvrage La nature de la firme, 1937. Il considère ainsi que le recours au marché n’est pas toujours efficient car il entraîne des coûts de transaction inéluctables à chaque échange marchand. Il s’agit des coûts d’information, de négociation des contrats, du contrôle des respects du contrat, etc.  La firme ou l’entreprise est donc une organisation stable et structurée qui permet d’éviter ces coûts de transaction. La coordination au sein de l’entreprise est assurée dans un cadre hiérarchique, autrement dit reposant sur une autorité, contrairement au marché ou la coordination est assurée par les prix. Nous avons vu ci-dessus que l’autorité au sein d’une entreprise pouvait émaner uniquement de quelques personnes, les propriétaires principaux ou les managers. Il y a alors centralisation des décisions. Par contre si l’autorité est partagée et étendue à tous les niveaux hiérarchiques de l’entreprise, on parlera de décentralisation.

Mais, comme nous l’avons précisé ci-dessus, les nouvelles modèles de gestion des entreprises se veulent plus coopératives.  La coopération est un système de coordination des décisions avec des parties prenantes volontaires et une implication de tous. C’est une véritable responsable sociale et environnementale de l’entreprise qui est mise en place, c’est à dire qu’au delà du profit, l’entreprise se préoccupe de l’environnement et entretien un dialogue social, autant avec les salariés qu’avec les sous-traitants. La cogestion des entreprises, comme cela est pratiquée en Allemagne, peut-être un modèle de gouvernance dans lequel les salariés, par l’intermédiaire des syndicats des travailleurs, exercent une participation active à la gestion des entreprises. Par exemple en Allemagne, la loi exige que dans les entreprises de plus de 2000 salariés, les projets les plus importants doivent être approuvés par les représentants des salariés.

Pour autant, comme on l’a vu en Allemagne à partir des années 2000, une cogestion des salariés ne signifie pas pour autant la disparition  des inégalités salariales. La relation pacifiée au sein des entreprises peut-alors laisser place à des conflits du travail c’est à dire des oppositions, dans le monde du travail,entre des individus ou des groupes sociaux qui défendent des intérêts ou des valeurs en opposition, et cherchent à instaurer un rapport de force en leur faveur. Nous devons préciser, que les conflits du travail, ne sont pas synonymes de violence car ils induisent au contraire une forme de régulation sociale qui doit permettre de résoudre le conflit.

Quand on emploie le terme de ‘conflit’ du travail, on a en tête en premier lieu, les manifestations, les grèves des salariés. Et pourtant, cela peut sembler étonnant à certains mais depuis 1975, on constate en France, une forte baisse des journées de grèves. La médiatisation à outrance des mobilisations citoyennes surtout lorsqu’elles sont ternies par de la violence spectaculaire, peut modifier la perception de la réalité. On est alors dans la société du spectacle, loin d’une analyse sociologique des conflits. En fait, on constate qu’avec la montée de l’individualisme, les formes du conflit plus collective autrefois, s’individualisent. Ainsi, le conflit traditionnel du travail avec grèves ou débrayages est complété par d’autres formes comme par exemple le refus de faire des heures supplémentaires, des pétitions papiers ou numériques etc. Nous vivons dans une société plus individualiste et cela affecte aussi les conflits du travail. Cela est d’autant plus vrai que les grosses manufactures d’autrefois avec des bastions d’ouvriers ont laissé place à des groupes multinationales avec une division du travail par filiales, souvent implantées dans différents pays, et une très forte augmentation de la contractualisation avec des sous-traitants. Cette nouvelle structure des entreprises est moins adaptée aux modes de conflits plus traditionnels.

 

A travers la vie d’une entreprise nous avons parcouru les différents statuts juridiques de l’entreprise. Nous avons travaillé sur les pouvoirs de décision au sein des entreprises, en distinguant le capitalisme managérial et actionnarial. Il est temps de laisser place à une gouvernance d’entreprise plus coopérative et plus ouverte sur l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise.

 

Pour vérifier tes connaissances :

QCM (entre 0 et 3 réponses possibles)

Corrigé à la fin de l’article

1) Schumpeter est un économiste

a. keynésien

b. marxiste

c. qui met en avant la notion d’innovation

2) La Société Anonyme

a. se nomme ainsi parce que les propriétaires sont multiples

b.  est la propriété du manager

c. est la propriété des actionnaires

3) La coopérative

a. est une entreprise publique

b. est possédée par les salariés de l’entreprise ou les clients consommateurs

c. est un modèle d’entreprise qui n’existe que dans le monde agricole

4) le capitalisme actionnarial

a. précède historiquement le capitalisme managérial

b. est une forme de gouvernance d’entreprise

c.  est synonyme de capitalisme familial

5) Les parties prenantes de l’entreprise comprennent

a. les sous-traitants

b. les collectivités locales où sont implantées les entreprises

c. les salariés

6) La coopération au sein de l’entreprise

a. cela peut signifier plus de cogestion

b. est basée sur la solidarité des acteurs de l’entreprise

c. cela n’implique pas la participation volontaire des acteurs concernés

7) Le conflit du travail

a. n’est pas compatible avec la gestion coopérative dans l’entreprise

b. s’est individualisé

c. s’est modifié avec la modification des structures des entreprises

 

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MAJ mai 2020                                                                                                                                               @ Philippe Herry                                          

Corrigé du QCM

1) c.

2) a. c.

3) b.

4) b.

5) a. b. c.

6) a. b.

7) a. b. c.

 

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