Comment les agents économiques se financent-ils ?

 

“La cigale ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvu quand l’hiver fut venu” … alors que dans le même temps la fourmi avait mis de côté. On voit bien ici que la première forme de financement est liée à nos fonds propres mais sinon comment va faire la cigale ? Elle va demander à la fourmi de lui prêter et elle lui paiera “avant l’oût, foi d’animal,  intérêt et principal”. La fameuse fable de Esope, reprise en France par La Fontaine, illustre le financement avec taux d’intérêt et aussi les autres formes de financement des ménages, des entreprises et de l’Etat que nous allons voir ci-dessous.

Les notions essentielles du chapitre avec les définitions ci-dessous : financement, financement interne et externe, taux d’intérêt, excédent brut d’exploitation, obligation, action, déficit budgétaire, politique de relance, effet multiplicateur, effet d’éviction

I. Qu’est-ce que le financement ?

Le financement de l’économie désigne l’ensemble des mécanismes utilisés par les agents économiques et notamment les ménages, les entreprises et l’État pour satisfaire à leurs besoins de financement.

Remarque : Il existe un autre acteur important dans le processus de financement économique, c’est la banque ou plutôt les banques centrales et commerciales, mais cela nous amène alors à comprendre le processus de création monétaire qui nécessite un thème à part.

A. Les agents à capacité de financement et à besoin de financement

Un agent économique qui désire trouver de l’argent pour réaliser des projets est un agent à besoin de financement. Inversement celui qui peut prêter cette somme est un agent à capacité de financement. Au niveau macroéconomique, c’est à dire au niveau du fonctionnement de l’ensemble du système économique, les entreprises non financières, c’est à dire toutes les entreprises autres que les banques, sociétés financières et assurances, sont globalement endettées donc ont un besoin de financement. De même, comme tu le sais, les administrations publiques sont lourdement endettées. Ainsi l’Etat français est endetté à plus de 100% de son PIB, autrement dit environ 2500 milliards d’euros en 2020 et cela va fortement augmenter avec la profonde crise actuelle.

A l’inverse, les banques, sociétés financières et assurances ont des capacités de financement. On sans doutait un petit peu, c’est leur métier ! Les banques ont même la possibilité réglementaire de créer de la monnaie. C’est le prochain chapitre. De même, les ménages ont globalement d’énormes capacités de financement, cela représente finalement le montant global de l’épargne des ménages.

B. Le taux d’intérêt : le prix du financement

La cigale de la fable était prête à payer ‘intérêt et principal’. En effet lorsque on réalise un emprunt, nous remboursons à plus ou moins longue échéance le principal c’est à dire l’argent prêté et le taux d’intérêt qui correspond au prix de cet argent prêté. Le taux d’intérêt est donc en même temps la rémunération du créancier et le coût du crédit supporté par le débiteur.

Le taux d’intérêt sera plus ou moins élevé en fonction de la volonté de prêter ou pas autrement dit du renoncement à la liquidité et aussi en fonction du risque de crédit autrement dit le risque de non-remboursement ou de report de l’échéance. Ainsi, en période de crise économique, les risques de ne pas être remboursé sont plus élevés car l’économie est plus fragile. Aussi, à priori les créanciers, les banques et les sociétés financières, vont être incitées à augmenter le taux d’intérêt. Tu comprends à ce stade, que cela peut entraîner un effet boule de neige négatif sur l’économie. C’est donc le rôle des pouvoirs publics d’intervenir pour réguler ce taux d’intérêt grâce à une politique monétaire adaptée.

D’après toi, les taux d’intérêt sur des emprunts courts sont-ils plus ou moins élevés que ceux sur les emprunts longs ?

Les taux longs sont rationnellement plus élevés que les taux courts puisque la prise de risque est plus importante. L’évaluation du risque est aussi liée à l’information. Le prêteur, par exemple une banque, doit évaluer le risque lorsqu’il octroie un crédit. Il faut donc rechercher l’information sur le client qui peut ne pas tout dévoiler. C’est la caractéristique de … l’asymétrie d’information! (voir le III. du thème précédent). Pour permettre la circulation de l’information, dit autrement en terme économique pour limiter l’anti-sélection ou la sélection adverse sur le marché des crédits, les pouvoirs publics agissent. Par exemple, aux Etats-Unis, tout citoyen possédant un numéro de Sécurité Sociale possède un crédit score, autrement dit une note sur sa capacité à rembourser un emprunt. Autre exemple, en France et dans la plupart des pays européens, la banque nationale, a entre toutes ses missions, celles d’évaluer les risques financiers des entreprises. Elles mettent des étoiles et ainsi les entreprises qui ont le plus d’ étoiles se verront proposer des crédit à taux d’intérêt moins élevé.

Telle la cigale de la fable qui a des besoins de financement, nous allons nous pencher sur le financement des ménages (II), celui des entreprises (III) puis enfin l’endettement de l’Etat (IV)

II. Le financement des ménages

 Les ménages consomment, investissent lorsque par exemple ils achètent un appartement ou une maison autrement dit un capital immobilier. Ils peuvent alors avoir besoin de financer la consommation par un crédit à la consommation ou un investissement immobilier par un crédit immobilier. On sait alors que le taux d’intérêt du ménage sera déterminé par les taux du marché, le risque éventuel du ménage, autrement dit c’est capacité présente et futur de pouvoir rembourser l’emprunt. Le taux d’intérêt dépendra également du type d’emprunt. Ainsi un taux d’intérêt pour un achat immobilier est plus bas que celui pour un prêt à la consommation, et c’est encore plus vrai pour un crédit revolving, le crédit permanent, reconstituable proposé par les banques. Tu peux faire des calculs de taux ICI. Les ménages peuvent donc être des agents à besoin de financement. Pour autant, au niveau de la société, les ménages sont considérés comme des agents à capacité de financement car globalement ils dégagent une épargne importante. On peut calculer la propension moyenne à épargner des ménages ce qui correspond à

(Epargne / Revenu disponible) x 100         (1)

En moyenne la propension moyenne à épargner est en France de 0,15 ce qui signifie que en moyenne les ménages épargnent 15% de leurs revenus disponibles. Or en France cela équivaut à environ 15% de 1421 milliards d’euros selon l’INSEE. Je te laisse faire le calcul en croix pour retrouver comme moi, une capacité d’épargne d’un peu plus de 213 milliards d’euros. Cette énorme masse d’argent va être proposée aux agents à besoin de financement par l’intermédiaire des banques (voir thème sur la monnaie)

(1) Inversement on aura la propension moyenne à consommer qui correspond à :

(Consommation / Revenu disponible) x 100  

et bien sûr on a :

Propension moyenne à consommer + propension moyenne à épargner = 1 car avec un revenu on consomme ou on épargne ! Il n’y a pas d’autres choix si on considère que l’investissement est égal à l’épargne.

III. Les différentes formes de financement des entreprises

De l’entreprise individuelle à la firme transnationale, les entreprises ont globalement constamment des besoins d’argent pour investir notamment.

Elles peuvent réaliser un financement interne ou autofinancement c’est à dire financer les besoins grâce aux profits réalisés. En économie, le profit des entreprises correspond plus précisément à l’Excédent Brut d’Exploitation (EBE).

EBE = Valeur ajoutée  + Subventions d’exploitation -Impôts et taxes – Charges de personnels

Cette formule, qu’il faut apprendre par cœur 😉 correspond finalement à l’argent qu’il reste à l’entreprises après avoit payé les salariés et verser les impôts sur la production à l’Etat.

Il existera toujours un conflit, autour de la répartition de la valeur ajoutée entre les deux acteurs centraux qui ont créé la valeurs ajoutée. En effet, d’un côté les salariés souhaitent obtenir plus de salaires au sens large et  les propriétaires de l’entreprise veulent un profit plus important. Je te propose de faire une étude de document de la fameuse évolution de la valeur ajoutée.

Revenons à notre question de financement. Si l’autofinancement d’une entreprise n’est pas suffisante, et il l’est rarement, alors elle peut réaliser un financement externe autrement dit un financement qui n’est pas réalisé grâce à son profit mais qui est lié à un crédit bancaire, c’est ce qu’on appelle le financement externe indirect ou bien encore elle peut emprunter directement sur les marchés financiers, c’est ce qu’on appelle le financement externe direct.

Tu comprends aisément que les Très Petites Entreprises (TPE) voire même les Petites et Moyennes Entreprises (PME) ont peu accès aux financement direct et font plus appel aux crédits bancaires pour financer leurs investissements. Par contre les Grandes entreprises ont de plus en plus accès au financement direct. Elles émettent des obligations  c’est à dire des titres de créance émis sur le marché pour se financer. Les Sociétés Anonymes peuvent également  augmenter leur capital financier en accueillant de nouveaux actionnaires. On rappelle que l’action est un titre de propriété d’une entreprise qui donne le droit à son propriétaire d’obtenir chaque une partie du bénéfice qu’on appelle le dividende. On voit également apparaître depuis peu d’autres formes de financement direct apparaissent comme le crowdfunding. Si tu as la mentalité d’un entrepreneur je te laisse faire tes recherches pour mieux comprendre la technique.

Pour approfondir sur le financement direct et indirect des entreprises c’est ICI

IV. Un État qui s’endette, qui s’endette, qui …

Mais de quel État parle-t-on ?

L’État au sens large, se nomme en comptabilité nationale,  l’administration publique. Il correspond à l’Etat central c’est à dire les différents ministères et les fonctionnaires qui y sont employés. Il correspond en plus à l’ensemble des collectivités locales, c’est à dire en France, les communes, départements et régions. On doit rajouter également les administrations de Sécurité Sociale et enfin des organismes divers administrés par l’Etat comme par exemple Le Centre Nationale de la Recherche Scientifique (CNRS)  ou l’Institut nationale de la santé et bien d’autres.

Par exemple lorsque dans l’actualité, tu entends parler de l’énorme dette publique de la France, qui représente plus de 100% du PIB, il s’agit de la dette de l’ensemble des administrations publique.

Pour limiter notre propos dans le cadre du programme, nous nous bornerons à l’étude des besoins de financement de l’État au sens strict.

On sait que année après année, les dépenses de l’État au sens strict sont supérieures aux recettes. C’est ce que l’on appelle le déficit public . Celui-ci ne doit théoriquement ne pas être supérieur à 3% dans l’Union Européenne.

Comment l’État peut-il se financer lorsqu’il lui manque de l’argent?

Pour équilibrer un budget on pense à augmenter les recettes et/ou limiter les dépenses. Limiter les dépenses c’est la rigueur, on connait ! L’Etat va ainsi dépenser moins ou limiter les dépenses dans les domaines publics, par exemple dans l’éducation nationale ou dans les services hospitaliers. L’Etat peut aussi, augmenter les recettes. On distingue les recettes fiscales, c’est à dire les recettes provenant des impôts et des taxes et les recettes non fiscales qui comprennent les revenus du patrimoine de l’Etat comme par exemple les dividendes de certaines entrepriss publiques, mais aussi la redevance audiovisuelle ou les amendes. Ceci dit, les recettes non fiscales ne correspondent  qu’à moins de 5% des recettes alors qu’en guise de comparaison la TVA représente plus de 50% des recettes de l’Etat. C’est une particularité française.

 
                            Le saviez-vous?

La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) a été inventée en France. C’est M. Lauré, haut fonctionnaire français spécialiste de la fiscalité, qui l’a mise en place en 1954. La TVA va véritablement s’appliquer à l’essentiel de la consommation des individus à partir de 1967. Par extension, cette taxe fut reprise dans les années soixante par les pays européens. Dès 1977 l’ Europe tente d’harmoniser les différentes TVA de chaque pays. Cette taxe est terriblement efficace pour augmenter les recettes de l’ Etat. C’est ce qui explique sa généralisation progressive dans le monde. Elle nécessite toutefois un Etat suffisamment développé pour administrer les flux d’argent.

 

A ce stade, il est sans doute nécessaire d’avoir une meilleure connaissances des recettes et dépenses de l’État. C’est ICI.

Comme les recettes n’équilibrent pas les dépenses, il reste l’emprunt. A court terme c’est le plus facile pour le gouvernement car il ne fait supporter aucune charge sur les concitoyens donc il ne se rend pas impopulaire! Mais à long terme, de toute façon c’est le citoyen ou ses enfants qui rembourseront les emprunts effectués, c’est à dire le capital emprunté et le remboursement du taux d’intérêt que l’on appelle également la charge de la dette. Je te livre un concept que l’on peut apprendre en première année de science économique : le théorème d’équivalence de Ricardo-Barro qui fait le lien entre l’augmentation des dettes aujourd’hui et l’augmentation des impôts demain. Mais cela est sujet à controverse car en effet, on peut vouloir s’endetter aujourd’hui pour faire des investissements qui serviront à obtenir de la richesse demain et donc des remboursements d’emprunt. On peut aussi mettre en place  une politique de relance, c’est à dire une politique conjoncturelle visant à stimuler la demande globale pour lutter contre le chômage. C’est une politique préconisée par les keynésiens, et que pratique tous les gouvernements qui sont confrontés à une grave crise. Ils s’endettent pour relancer l’économie ou tout du moins pour éviter la dépression économique. L’endettement va pouvoir permettre alors de financer des investissements publics et/ou privés qui seront porteurs de plus de production de biens et de services donc de plus d’emplois et ainsi de plus de consommations des ménages. Ce mécanisme vertueux amorcé dans un premier temps par un endettement sain, c’est à dire pour financer des investissements porteurs de croissance, c’est ce quon appelle l’effet multiplicateur keynésien. L’Etat a donc la possibilité d’utiliser une politique monétaire accommodante pour relancer l’économie.

Pourtant, certains économistes montrent qu’il y a des effets pervers à agir de la sorte. C’est l’effet d’éviction. En effet, en levant d’énorme masse de capitaux sur les marchés financiers, l’État va attirer les banques ou sociétés financières, qui seront d’autant plus enclins à acheter des obligations d’État, autrement dit à prêter de l’argent à l’État, que les titres financiers sont sécurisés. Se faisant, il reste moins de capitaux financiers disponibles pour les entreprises qui doivent donc se financer à des taux d’intérêt plus élevés ce qui n’est pas bon pour l’investissement et la croissance. L’effet d’éviction c’est donc l’impact négatif du déficit budgétaire de l’État sur l’investissement.

Pour vérifier tes connaissances :

QCM (entre 0 et 3 réponses possibles)

Corrigé à la fin de l’article

1) au niveau macroéconomique, on le considère comme agent à besoin de financement

a. la banque commerciales

b. l’entreprise

c. L’ Etat

2) le taux d’intérêt est :

a. normalement plus élevé à long terme qu’à court terme

b.  le coût du crédit du créancier

c. la rémunération supporté par le débiteur.

3) Parmi les taux d’intérêt

a. le taux d’intérêt directeur est plus élevé que le taux d’intérêt pour un crédit à la consommation

b. le taux d’intérêt immobilier est généralement plus élevé que celui pour la consommation

c. un taux d’intérêt pour un crédit révolving est généralement plus élevé que celui pour un prêt étudiant

4) Concernant la propension moyenne à consommer :

a. elle est plus élevé que la propension moyenne à épargner

b. elle est généralement plus élevée lorsque les ménages sont plus riches

c. elle est généralement moins élevée lorsque les ménages sont plus riches

5) Pour financer son investissement, une Société Anonyme peut :

a. faire un emprunt bancaire

b. émettre des obligations

c. émettre de nouvelles actions

6) Plus l’EBE est élevé

a. plus la part de la valeur ajoutée accordée aux salariés est élevé

b. plus les entreprises pourront investir

c. plus les entreprises pourront verser des dividendes à leurs actionnaires

7) l’effet d’éviction montre que

a. la politique de relance par un endettement de l’Etat a des effets négatifs

b. . la politique de relance par un endettement de l’Etat a des effets positifs

c. les entreprises auront plus de difficulté à investir

 

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MAJ mai 2020                                                                                                                                               @ Philippe Herry                                          

Corrigé du QCM

1) b.c

2) a. 

3) aucune bonne réponse

4) a. c. plus on est riche et plus notre propension moyenne à épargner augmente et inversement on consomme (en moyenne)  une propension moindre de son revenu disponible. Attention : cela ne veut pas dire que l’on consomme moins ! Bien au contraire

5) a. b. c.

6) b. c. espérons que l’investissement va l’emporter sur les dividendes versés aux actionnaires. Il vaut mieux investir pour l’avenir que d’enrichir les épargnants qui possèdent des actions.

7)  a. c.c

 

 

 

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