La monnaie dévoilée

 

Avec la crise économique actuelle à la suite de la pandémie du covid-19, nous avons remarqué aussi bien aux Etats-Unis, en Europe, ou dans les autres parties du globe, que les banques centrales apportent d’énorme quantités de capitaux pour soutenir l’économie réelle. Chacun comprend bien que la sphère monétaire impacte considérablement la sphère réelle. Comment cela fonctionne ? Qu’est-ce que la monnaie ? Comment créer de l’argent ? Quel est le rôle de la banque centrale ?

Des notions du programme à connaître : fonctions de la monnaie, formes de la monnaie, création monétaire, masse monétaire, marché monétaire, bilan, banque centrale, prêteur en dernier ressort, politique monétaire

I. A quoi sert la monnaie?

    A. Les fonctions de la monnaie

   Autrefois dans une économie moins monétarisée, le troc était plus répandu. Le troc c’est l’échange d’un bien contre un autre bien. Mais au-delà du rôle économique, le troc institutionnalisé jouait un rôle social permettant notamment de pacifier les relations entre deux communautés proches. Revenons sur la fonction économique du troc. Les inconvénients du troc sont que :
– les denrées sont parfois périssables
– il est parfois difficile d’évaluer l’échange
– les biens échangés ne sont pas toujours divisibles
   Par exemple échanger du poisson contre un service. Pas facile d’évaluer le prix, et le poisson c’est périssable, malgré ce qu’en pense Ordralfabétix, le poissonnier dans Astérix et Obélix. ‘Il n’est pas frais mon poisson!’
 
Au fil du temps des formes de monnaie sont apparues qui permettaient de répondre aux inconvénients du troc.
Quels sont alors les fonctions de la monnaie?
La monnaie est un instrument d’échange ou de paiement car elle permet un échange indirect espacé dans le temps.
Elle est un instrument de mesure c’est à dire qu’elle mesure la valeur des différents biens ou services qui sont échangés.
La monnaie est un instrument de réserve de valeur car elle peut être conservée pour réaliser un achat ultérieur.
 
Au delà des trois fonctions économiques précisées ci-dessus, la monnaie a une fonction sociale et politique. La monnaie réunit les membres d’une communauté qui souhaite échanger.
Elle permet de s’identifier aux membres de la communauté lorsqu’on utilise habituellement la monnaie. Elle permet la représentation de la puissance publique et la souveraineté. Autrefois, les seigneurs imposaient leurs sceaux sur les monnaies en circulation sur leurs seigneuries, et aujourd’hui … la symbolique de chaque nation se retrouve par exemple sur les pièces de un euro.
 

     B. Les formes de la monnaie

      Dans un premier temps, est apparue la monnaie-marchandise: «Les premières monnaies étaient des objets, des marchandises, qui tiraient initialement leur valeur de leur emploi en tant que marchandise, autrement dit qui avait une valeur intrinsèque […]. Les marchandises qui étaient choisies pour remplir les fonctions de la monnaie devaient être appréciées de toute la communauté dans laquelle elles sont apparues.»   Delaplace, Monnaie et financement de l’économie.
 
Le bœuf a ainsi été une monnaie d’échange chez les Grecs et les Romains, la morue séchée à Terre-Neuve, le thé comprimé au Tibet, le tabac en Virginie, les fèves de Cacao chez les Aztèques, les dents de requin dans certaines peuplades d’ Océanie, les cauris pour certains peuples d’Afrique. Ainsi ces formes de monnaie répondaient bien à la définition puisqu’elles étaient des unités de compte, un instrument d’échange et une réserve de valeur. Cependant on comprend qu’au fil du
temps la monnaie métallique, l’or et l’argent notamment vont s’imposer comme des monnaies plus pratique pour l’échange.

    La monnaie métallique

    Pour réaliser les échanges les métaux précieux ont été calibrés. On retrouve ainsi les lingots, puis les pièces facilement transportable. La valeur de la pièce était établie en fonction du volume d’or ou d’argent qu’elle contenait. Le sceau du seigneur, du roi, de l’empereur garantissait la valeur. On  comprend alors, que très rapidement les autorités se sont mises à certifier des pièces qui n’avaient plus le poids en or ou argent équivalent. Ainsi en certifiant 100 écus une pièce qui ne contenait que 50 écus d’or les autorités gagnaient 50 écus. Multipliés par X pièces, ce stratagème a permis d’amonceler de véritables fortunes permettant de guerroyer et d’étendre son domaine.

                                       Le saviez-vous?

Le droit de seigneuriage

Au Moyen-Age, le pouvoir du seigneur était notamment lié à sa capacité de ‘battre monnaie’ sur son domaine.Le sceau du Seigneur apposé sur la pièce, garantissait sa valeur. Le peuple pouvait alors échangé en confiance. Sauf que, certains vont exploiter ce pouvoir exorbitant. Ainsi Philippe Le Bel, roi de France de 1285 à 1314, fut surnommé le  roi ‘faux-monnayeur’. Il légitimait la valeur des pièces de son sceau royal, alors que celles ci comportaient de moins en moins d’argent. La livre tournois, la monnaie de l’époque bien avant l’arrivée du Franc en 1795, perdit ainsi une grande partie de sa valeur. C’était finalement une façon de remplir les caisses de l’ État à moindre frais. Un impôt déguisé en quelque sorte!

 
La monnaie papier. Au départ la monnaie n’est ni plus ni moins qu’un titre au porteur, autrement dit il certifie que le porteur du titre peut légalement obtenir la somme inscrite sur le billet en «monnaie sonnante et trébuchante ». Ainsi, au Moyen-Age, sur les routes de France peu sûr dans certaines régions où les ‘voleurs de grands chemins’ représentaient une menace réelle, il valait mieux passer par la banque dans la ville d’origine pour obtenir un billet représentant la somme que l’on pouvait retirer dans la ville d’arrivée. Par la suite ces billets ont été acceptés dans l’échange par la valeur représentée sur le titre. Aujourd’hui, personne ne remettrait en cause la valeur du billet ou du moins tant que l’on reste persuadé d’avoir un vrai billet et non un faux et tant qu’une déroute financière n’est pas à l’horizon. Pourtant, l’acceptation du billet a été lente en France. C’est en partie liée au début difficile.
 

                                       Le saviez-vous?

John Law (1671/1729), fils d’un banquier d’Edimbourg, est un économiste écossais qui a introduit en France le papier-monnaie. Il proposa son projet sans succès dans différents royaumes d’Europe. Puis finalement, son projet fut retenu par le successeur de Louis XIV, le régent Philippe d’Orléans en 1715. Il est vrai que les dépenses inconsidérées du Roi Soleil avait considérablement endetté la France. En 1716, John Law crée la Banque Générale qui peut émettre de la monnaie -papier contre de l’or. Le succès est foudroyant. Pendant près de trois ans, ce système va se développer. On s’arrache cette monnaie garantie. Puis, scénario classique, à la faveur de rumeurs, le doute s’installe, on souhaite se débarrasser de cette monnaie-papier, qui ne vaut alors plus grand chose. En 1720, c’est la banqueroute, et la ruine de nombreux déposants. Suite à cette affaire, les Français ont douté pendant fort longtemps la crédibilité du papier-monnaie. Cela a retardé malheureusement pendant de nombreuses années des facilités de développement.

   
 
Donc, avec le temps, les monnaies métalliques qui avaient une valeur intrinsèque, ont été substituées par la monnaie divisionnaire pour se référer aux pièces et aussi aux billets qui servent de règlements quotidiens. Ces pièces et billets n’ont plus de valeur intrinsèque. Par exemple lorsque tu possèdes une  pièce de cinq euros, le métal qui compose la pièce ne représente par cinq euros. Nous sommes alors passés à la monnaie fiduciaire.
 
 
 La monnaie fiduciaire du latin fidus qui signifie confiance, est au sens strict les pièces et les billets. Aujourd’hui toutes les monnaies qui circulent reposent sur la confiance et en ce sens toutes les formes de monnaie au sens large sont des monnaies fiduciaires. Et notamment la monnaie scripturale.
 

 La monnaie scripturale. Étymologie. Scripturale provient du latin «scriptura» qui signifie «écriture». Cela correspond donc à la monnaie écriture c’est à dire tous les jeux d’écriture qui permettent de transcrire sur les comptes des agents les opérations bancaires.

 
Remarque: la carte bancaire ou le chèque ne sont pas de la monnaie scripturale mais des instruments permettant de faire circuler cette monnaie.
 
Nous retrouvons dans le tableau ci-dessous les évolutions des parts billets et pièces ou monnaie scripturale
 

1920

1938

1950

1970

1984

1990

2002

monnaie scripturale (en %)

45.2

49.3

51.2

67.3

81.1

85

91.8

billets et pièces (en %)

54.8

50.7

48.8

32.7

18.9

15

8.2

Comme tu le vois, la progression de la masse scripturale est fulgurante. Nous pouvons le voir à travers les agrégats monétaires

C. Les agrégats monétaires

Au delà de la forme de monnaie au sens strict, nous pouvons considérer que l’argent que nous possédons sur un compte ou un livret, représente des actifs que nous pouvons facilement transformer en pièces, billets ou monnaie scripturale. Ainsi il s’agit de la quasi-monnaie.
Les banques centrales comptabilisent ainsi l’ensemble des actifs monétaires. la masse monétaire correspond à la quantité totale de monnaie en circulation dans un pays à un moment donné. La masse monétaire est composée de trois agrégats monétaires. Ils sont classés selon leur degré de liquidité qui caractérise la facilité à transformer plus ou moins rapidement un actif en monnaie. Ainsi les comptes courants représentent de la liquidité mais un dépôt à terme est beaucoup moins liquide puisqu’il faut attendre la date d’échéance avant de convertir les actifs en monnaie.
 
 

OPCVM? Organisme de Placement Collectif en Valeurs mobilières. Un OPCVM est donc un organisme, souvent lié à une banque, qui placent ton épargne en investissant dans certaines valeurs mobilières autrement dit des obligations, actions ou autres titres financiers

Finalement, à l’aide de ce premier paragraphe tu as compris que les pièces et les billets ne correspondent qu’à une infime partie de la masse monétaire. On dit que la monnaie est dématérialisée. Un des objectifs de la Banque Centrale Européenne qui regroupe l’ensemble des Banques Nationales, est de faire en sorte que la quantité de monnaie en circulation puisse accompagner la croissance économique.

En effet, pour dire les choses simplement, la masse monétaire doit accompagner la croissance économique. Par exemple si la croissance du PIB européen est de 4% (on peut rêver!) alors il faut que cette masse monétaire augmente grosso modo de 4%.

 

                                       Le saviez-vous?

                                     L’équation de Fischer

 L’économiste américain Irving Fischer (1867/1947) a laissé sa trace dans l’économie, notamment grâce à sa fameuse équation de Fischer qui reste encore aujourd’hui une façon simple d’illustrer le lien entre la création de monnaie et la valeur de celle ci.

                                                 MV = PT

M représente la masse monétaire et V la vitesse de circulation de la monnaie. P c’est le niveau des prix et T les transactions réalisées dans l’économie. Selon Fischer on peut considérer que V est constante car la vitesse de circulation de la monnaie est relativement stable. T représente les transactions économiques réalisées, c’est en quelque sorte le PIB. Lorsque la masse monétaire M augmente alors cela peut accompagner l’augmentation de la production ou bien créer une inflation. Ainsi si un pays émet trop de M alors que l’économie stagne, cela se traduira par une augmentation de P autrement dit de l’inflation. C’est un modèle simple qui permet de faire le lien entre la sphère monétaire et réelle, mais il est évidemment imparfait puisqu’il ne prend pas en compte la réalité des rapports de force entre les salariés, les entreprises et l’Etat qui est une autre façon d’expliquer l’inflation.

  

II. La création monétaire

Qui crée la monnaie ? Je te propose de résoudre cette question qui paraît simple mais qui en réalité est plus complexe que cela, avec le texte ci-dessous construit comme une enquête policière :
 
“Partons à la recherche des créateurs de monnaie Premier suspect: la planche à billets. J’en entendais souvent parler à la télévision. Quand quelque chose allait mal – les finances de l’État, les prix – on lui mettait tout sur le dos. Mais au fait, qui la faisait tourner cette fameuse planche? (…) Je décidais de faire un tour à la Banque de France, chargée de la fabrication de la monnaie en France y compris les DOM, St-Pierre et Miquelon et Mayotte. L’accueil fut plutôt réservé, au secrétariat général chargé de l’impression des billets:
“Il n’y a pas de planches à billets dans nos services, fit remarquer un peu sèchement le fonctionnaire. Depuis longtemps elles ont été remplacé par des rotatives.
– C’est encore pire, m’écriai-je en pensant à la rapidité de fabrication des billets.
– Vous n’y êtes pas du tout Monsieur, notre problème est uniquement matériel et non économique. Le public a besoin d’un certain nombre de billets pour les petits règlements. Nous assurons simplement l’approvisionnement des banques et l’entretien des coupures, répondit l’employé, se dégageant ainsi de toute responsabilité dans la création monétaire.
– Vous imprimez bien des billets et ils vont bien quelque part.
– Certes, les banques peuvent retirer des billets à nos guichets, mais elles ont chacune un compte qui est aussitôt débité, de la même façon que celui d’un particulier qui effectuerait un retrait d’espèces dans une banque commerciale. La monnaie ainsi mise en circulation existait auparavant. (…)
 Très vite, le nom d’un deuxième suspect émergea : le Trésor Public, qui gère les finances de l’État, semblait mêlé à cette sombre affaire. Je découvris alors que mon deuxième suspect avait bien une part de responsabilité. Lorsqu’il a besoin d’argent pour éponger une partie du déficit budgétaire l’État peut émettre des bons du trésor , qu’il vend aux banques. Et le voilà pris la main dans le sac, en pleine création monétaire sans qu’il soit nécessaire d’imprimer de nouveaux billets. Le schéma est simple: les fournisseurs de l’État sont payés grâce à la vente de bons du trésor, sans que les banques y perdent puisqu’elles se servent de ces bons pour accroître leurs propres liquidités. En effet les bons du Trésor sont directement négociables sur le marché monétaire, le marché des capitaux à court terme,  et presque aussi utiles aux banques que les billets. Elles s’en servent pour payer leurs dettes entre elles. (…)
 Tiens, tiens… Et si justement on allait voir du côté des banques. Les charges semblaient lourdes contre ce troisième suspect. J’obtins de sérieux indices en allant rendre visite à M. Jean-Marie Albertini, l’économiste auteur de Les rouages de l’économie. “Pour 83% ce sont des crédits accordés par les banques qui sont à l’origine de nos moyens de paiement actuels”, assure-t-il, en poursuivant: “Lorsqu’une banque ordinaire accorde un crédit, elle peut le faire sans disposer dans ses caisses de la somme correspondante. Elle inscrit tout simplement au crédit du compte de celui à qui elle fait crédit, le montant du prêt accordé. Elle crée de la monnaie scripturale.” C’était donc vrai. Et la combine saute aux yeux: il est aussi facile pour une banque de créer de la monnaie en inscrivant un chiffre dans une colonne, qu’il est aisé à un particulier de remplir un chèque (…).
Source:  O. Languepin, Science & Vie Economie n° 12 décembre 1985.

Finalement le texte ci-dessus  nous permet de comprendre que la création monétaire est essentiellement assurée par les crédits accordés par les banques commerciales. En prêtant de l’argent les banques créent de la monnaie ex nihilo. Ce mécanisme est souvent résumé par l’adage : les crédits font les dépôts

Je te propose de comprendre le mécanisme avec un regard comptable. Mettons les mains dans le cambouis et jetons un coup d’œil essentiel en gestion, le bilan.

Le bilan est un document comptable réalisé en fin d’exercice qui permet de repérer l’état du patrimoine d’une l’entreprise. En comptabilité la période se nomme l’EXERCICE et la plupart du temps cela se fait entre le premier janvier et le 31 décembre. Voila pourquoi les comptables ont souvent beaucoup de travail en fin d’année!
Tout ce qui concerne le patrimoine est en actif. Dit autrement, cela montre ce que fait l’entreprise. Par exemple cela concerne, la propriété des bâtiments, les terrains éventuels, l’argent placé sur les comptes. Par contre, le passif permet de repérer d’où proviennent les capitaux d’une entreprise. On y retrouve par exemple, les capitaux propres mais aussi les dettes. Dans le cas d’une Société Anonyme on  retrouvera notamment le montant des actions. Dernière chose à savoir sur le bilan. Il est toujours équilibré. C’est une règle comptable. Le passif est égal à l’actif.
Ainsi, lorsque l’entreprise réalise des bénéfices, pour équilibrer l’actif et le passif on place la valeur du bénéfice au passif. Inversement si l’entreprise réalise des pertes alors la valeur est placée à l’actif.
 
Actif : biens et créances de l’entreprise
Passif : capitaux et dettes de l’entreprise

 

Immobilisations (bâtiments mais aussi brevets…)

Stocks (marchandises, matières premières,…)

Créance des clients

Disponibilités (compte en banque, …)

 

Capitaux propres(les actions dans le cas d’une Société Anonyme, mais aussi le bénéfice , …)

Emprunt bancaire

Dettes auprès des fournisseurs

Découverts

 
 
Un banque ou une société financière établit comme tout entreprise, un bilan. La particularité de son bilan est que  sa production consiste notamment à réaliser des crédits, qui se retrouveront donc à l’actif alors que le passif comportera les comptes des clients. Bien sûr il y a d’autres opérations à l’actif et au passif mais pour comprendre le processus de création monétaire nous allons simplifier. Imaginons alors que d’ici deux ans tu nécessites un emprunt étudiant d’un montant de 10 000 euros ? Voila l’opération illustrée ci-dessous au bilan de la banque et de ton bilan.
 
Bilan de la banque
 
Actif Passif
Crédit : + 10 000 € Compte courant  : + 10 000 €
 
Ton bilan
Actif Passif
Compte courant  : + 10 000 € Dette : + 10 000 €
 
On voit donc que la banque va créer cet argent par un jeu d’écriture. Avec cet argent tu vas pouvoir financer ce dont tu avais besoin pour tes études, l’achat d’un ordinateur par exemple. Se faisant tu vas faire circuler cette créance privée que la banque t’avais accordée dans toute l’économie. 
Lorsque tu auras fini tes études et que tu commenceras à rembourser ton emprunt, alors tu vas réaliser une ‘destruction monétaire’ puisque tu vas diminuer le passif à la banque.
 
De la même façon que les banques commerciales accordent des crédits aux particuliers, elles le font également pour les entreprises mais aussi les administrations privées ou encore les administrations publiques. Elles réalisent aussi de la création monétaire lorsqu’elle accepte des devises étrangères en contrepartie de création de monnaie du pays.

Mais alors, comment le système financier limite la création monétaire par les banques? Et plus largement la question devient : comment la banque centrale peut elle piloter le système de création monétaire réalisé par des banques commerciales.

 

III. La banque centrale, un rôle central de régulation    

Les banques commerciales ou banques de second rang sont placées sous l’autorité de la banque centrale, la banque de premier rang, ou banque des banques. La banque centrale est l’institution financière clé dans un système bancaire. Elle a plusieurs fonctions:
– elle a le monopole d’émission de la monnaie fiduciaire
– elle contrôle l’émission de monnaie scripturale par les banques de second rang grâce au refinancement comme expliqué ci-dessous
– elle a en charge la politique monétaire,  c’est à dire la politique qui vise à agir sur la situation économique par l’intermédiaire de la monnaie en circulation et du taux d’intérêt.
On comprend dès lors que les pays de la zone euro, ont laissé la souveraineté de mener la politique monétaire à la Banque Centrale Européenne, puisque c’est elle qui pilote l’euro. Cela alimente alors de nombreux débats, sur l’efficacité de la politique monétaire européenne pour des pays de la zone euro qui n’ont pas toujours les mêmes besoins.
 
 

En Europe, comme tu le sais, la Banque Centrale Européenne est située à Francfort. Les banques commerciales de la zone euro ont l’obligation d’avoir un compte à la Banque Centrale. D’autre part, chaque banque à l’obligation d’avoir des réserves auprès de la BCE. C’est ce qu’on appelle les réserves obligatoires. Par exemple si aujourd’hui la somme des dépôts des particuliers auprès du Crédit Agricole représente 100 millions d’euros alors la règlementation l’oblige à placer sur son compte à la Banque Centrale, environ 1% de cette somme en monnaie Banque Centrale. Elle devra donc geler 1 million d’euros sur son compte. Si le Crédit Agricole ne possède pas cette somme, cette banque devra emprunter des liquidités. La BCE peut se servir de la règle des réserves obligatoires comme politique monétaire. En effet, en augmentant par exemple le montant exigé de réserves obligatoires, elle oblige les banques à limiter leurs engagements, et inversement si elle ne veut pas freiner l’activité des banques elle réduit le montant des réserves obligatoires.  Tu viens de voir ici un premiers instrument de politique monétaire. Mais l’instrument principal c’est le taux d’intérêt.

Si une banque commerciale ne dispose pas de suffisamment de monnaie Banque Centrale, elle doit se refinancer sur le marché interbancaire où la Banque Centrale est l’acteur principal. Or la Banque Centrale est le principal acteur sur le marché monétaire et contrôle ainsi à l’aide de ses taux d’intérêt directeurs plus ou moins élevés, la proportion de liquidités et donc de crédits que les banques peuvent obtenir. En effet, la Banque Centrale intervient massivement sur le marché monétaire interbancaire, en achetant ou vendant des titres de créances. Si par exemple elle souhaite limiter la masse monétaire elle n’acceptera de refinancer qu’une partie des créances proposées. D’autre part, la Banque Centrale peut prêter la monnaie banque centrale moyennant le coût du taux d’intérêt directeur, on dit d’ailleurs qu’elle est ‘prêteur en dernier ressort‘. Ce taux d’intérêt est donc celui qui dirige les autres taux d’intérêt en quelque sorte. C’est donc un instrument efficace pour contrôler l’émission de crédits. Par exemple, la BCE peut constater via les réunions hebdomadaires avec les représentants des banques nationales de chaque pays, que le nombre de crédits à la consommations où à l’investissement peuvent amener une surchauffe de l’économie pouvant faire augmenter les prix au delà du 2% d’inflation souhaitée. La Banque Centrale peut alors juger opportun d’augmenter le taux d’intérêt directeur. Inversement, en cas de récession et de manque de création monétaire, la Banque des Banques souhaite favoriser les crédits qui permettront la consommation et l’investissement et donc à terme la croissance économique. La Banque Centrale va donc prêter de la monnaie centrale aux banques commerciales qui en ont besoin à des taux d’intérêt bas. Elle peut ainsi relancer la ‘machine’ en injectant massivement des liquidités.

Indirectement la Banque Centrale contrôle donc la création monétaire qui dépend des Banques commerciales. Ingénieux, non !

 

Finalement, à travers ce thème tu as pu comprendre ce que représente la monnaie, la création monétaire et les mécanismes qui permettent à la Banque centrale de contrôler le système. Tu sais maintenant, que la monnaie répond à trois fonctions économiques principales, instrument d’échange, unité de compte et réserve de valeur. Mais elle répond également à des fonctions sociales et politiques. C’est le signe d’une nation ou d’une région comme l’Europe, et cela peut symboliser le pouvoir mais aussi la cohésion de la communauté qui échange la monnaie. Contrairement aux idées reçues, les pièces et billets ne forment qu’une infime partie de la masse monétaire qui est en réalité composée essentiellement de monnaie scripturale. Ce sont les banques commerciales ou banques de second rang qui créent la monnaie en émettant des crédits. Mais pour contrôler le système monétaire, la Banques Centrale, la Banque de premier rang, a plusieurs outils. Cela est lié au fait que les banques commerciales doivent se procurer de la monnaie centrale. Ainsi la Banque Centrale peut agir sur le taux de réserve obligatoire ou elle peut alimenter d’une façon plus ou moins importante le marché interbancaire ou enfin elle peut agir via ses taux d’intérêt directeurs sur l’ensemble du marché monétaire. Ce système monétaire hiérarchisé permet donc d’éviter, une inflation par exemple, si les banques commerciales émettent trop de crédits. Inversement, les Banques Centrales peuvent le cas échéant, inciter les Banques à proposer des crédits en abaissant son taux d’intérêt directeur. Ce faisant, elle permet une augmentation de la consommation et de l’investissement, ce qui contribue à la croissance économique. Tu sais maintenant, comment fonctionne le système monétaire qui impacte la production réelle.

Pour vérifier tes connaissances :

QCM (entre 0 et 3 réponses possibles)

Corrigé à la fin de l’article

1) la monnaie répond à une fonction :

a. uniquement économique

b. uniquement politique et social

c. économique, social et politique

2) la monnaie scripturale

a. correspond à un montant plus important que la monnaie métallique

b.  c’est par exemple les pièces

c. c’est par exemple les chèques

3) La création monétaire

a. est réalisée par le Trésor Public qui émet les pièces et les billets

b. est liée aux crédits proposés par le banques commerciales

c. est liée aux titres du Trésor Public émis sur l e marché monétaire

4) Dans un bilan comptable, on peut retrouver dans le passif d’une entreprise

a. les capitaux propres de l’entreprise

b. les découverts octroyés à l’entreprise

c. les créances des clients

5) La Banque Centrale Européenne

a.  est la banque commerciale de la zone euro

b. n’a plus de relation avec les banques nationales des pays de la zone euro

c. est chargée de mettre en place la politique budgétaire au niveau de la zone euro

6) Pour relancer une économie qui s’essoufle

a. la BCE peut augmenter le montant des réserves obligatoires

b. la BCE peut augmenter le taux d’intérêt directeur

c. la BCE peut baisser le taux d’intérêt directeur

7) Aujourd’hui les outils de la politique monétaire sont

a. les réserves obligatoires

b. le refinancement bancaire

c. l’intervention sur le marché monétaire

 

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MAJ mai 2020                                                                                                                                               @ Philippe Herry                                          

Corrigé du QCM

1) c.

2) a. 

3) b.c.

4) a.b.

5) aucune bonne réponse

6) c.

7) a.b.c.

 

 
 

 

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