Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?
In varietate concordia. La devise européenne répond bien au challenge des pays de l’Union Européenne qui ont décidé de créer une union pour éviter la guerre et construire une économie inclusive dans une zone démocratique. Certains disent que l’Europe est en crise, l’Europe ne fait plus rêver. Et pourtant… c’est la première puissance du monde dans bien des domaines. Il est temps de rappeler quelques vérités, en repérant tout d’abord les étapes de l’intégration européenne, puis en analysant les avantages, mais aussi les contraintes et donc les limites d’un marché unique. Enfin, tu vas repérer les mécanismes de la politique budgétaire et monétaire.
I. Un grand marché intérieur qui permet une intégration plus étroite.
A. Retour sur la construction du marché intérieur et la monnaie unique
Des rêves devenus réalité
Quel est l’objectif visé par Robert Schuman ?
Les autres pères de l’Europe
Le saviez-vous ?
Europe et la mythologie crétoise
Dans la mythologie crétoise, Europe, en grec, Eurṓpē, est une princesse, fille d’Agénor, roi de Phénicie, qui représente à peu près le Liban d’aujourd’hui. Europe a été enlevée par Zeus qui s’est métamorphosé en un taureau blanc pour l’emporter en Crète. Ainsi l’Europe quitte l’Asie mineure pour un autre continent. C’est ainsi que certains auteurs attribuèrent à la Grèce, puis plus largement à l’ensemble des terres situées à l’Ouest, le terme d’Europe.
Le processus d’intégration européenne
L’intégration européenne est un processus qui se réalise en plusieurs étapes. Plusieurs économies distinctes se rassemblent pour former un espace économique, monétaire, voire politique commun. La construction de l’Union Européenne relève d’un processus d’intégration. Ainsi, chaque pas en avant vers l’intégration incite à franchir le pas suivant.
Les grandes dates de la construction du marché unique
Vers une Europe qui regroupe plus de pays
Ainsi le marché unique ou marché intérieur de l’Union européenne regroupe 27 pays qui échangent librement des marchandises, des services et des capitaux et avec une libre circulation des travailleurs.
Très vite, les économistes ont montré qu’un tel marché n’était viable, à terme, qu’à condition d’adopter une monnaie unique.
La monnaie unique : l’Euro
En 1988, au sommet de Hanovre, le conseil européen met en place le comité de pilotage présidé par Jacques Delors, pour lancer l’Union Économique et Monétaire. Avec le Traité de Maastricht de 1992, rentré en vigueur en 1993, nous assistons à la naissance de l’Union économique et monétaire. Elle prend corps en 1999 après l’adoption de l’euro sur les marchés financiers sous la responsabilité de la Banque Centrale Européenne. Les pièces et les billets seront introduits le 1er janvier 2002.
La zone euro réunit en 2026 21 pays, sur les 27 de l’Union européenne, où l’euro est la monnaie officielle.

B. Les avantages attendus du marché unique
Un marché unique qui permet l’essor de la productivité
C’est la théorie de David Ricardo. Grâce aux échanges sur un vaste marché sans barrières douanières, les économies nationales peuvent se spécialiser selon leurs avantages comparatifs. Cela permet donc une allocation optimum des facteurs de production et ainsi dégage de meilleures productivités qui permettent notamment de baisser les prix.
Le marché unique permet un meilleur pouvoir d’achat et plus de bien-être.
Un grand marché qui procure des avantages
II. Une Europe de la concurrence
La politique européenne de la concurrence menée par la Commission européenne, vise à accroitre la concurrence. Sans taxes douanières et avec des coûts de transport relativement faibles, les agriculteurs, les artisans, les industriels, les commerçants, les vendeurs de services, sont tous en concurrence les uns avec les autres. C’est un pas de plus vers le modèle de Concurrence Pure et Parfaite (CPP), pensé par les Néoclassiques. En effet, depuis 1957, les traités ambitionnent d’établir une Europe de la concurrence ’libre, loyale et non faussée’. Cela permet ainsi une meilleure allocation des facteurs de production ce qui induit plus de productivité, des baisses de prix et des produits de meilleurs qualités. Grâce à ces avantages, les entreprises européennes sont plus compétitives et sont plus à mêmes de lutter à l’internationale contre la concurrence.
Revenons alors sur les modalités de la mise en place avant d’avoir un regard critique.
Les modalités de la politique de concurrence européenne
Rappelons en premier lieu que le droit européen de la concurrence est régi par le titre VII du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il s’applique à toutes les entreprises publiques et privées. Cela explique, par exemple, la possibilité de se faire livrer en France de l’électricité par plusieurs opérateurs en concurrence : Engie, Total Énergie, ENI. De même, la SNCF est en concurrence sur plusieurs tronçons avec d’autres transporteurs privés. Le respect de la concurrence exclut cependant les services publics non marchands comme l’éducation et le secteur de la santé. Comme tu l’as vu en première, l’Union européenne a mis en place plusieurs modalités pour éviter les monopoles et oligopoles. En pratique, les pays de l’Union ont ouvert quatre fronts permettant de se diriger vers cette concurrence libre, loyale et non faussée. Il y a la lutte contre les ententes illicites, la lutte contre les abus de position dominante, la régulation des opérations de fusions-acquisitions et les aides de l’État qui ne doivent pas fausser le marché. Ainsi, comme tu le comprends, le marché concurrentiel nécessite des règles, un contrôle et des sanctions mises en place par différentes institutions européennes. Au dessus de tous, c’est la Commission européenne et plus précisément la Direction générale de la concurrence qui possède la compétence exclusive. Mais elle est assistée par les autorités nationales qui appliquent le droit européen dans chaque État membre. Si tu veux en savoir plus, regarde ICI.
La concurrence alimente des critiques vives de certains acteurs.
Éviter les fusions monopolistiques
Entre long terme et court terme
III. Des politiques budgétaires nationales dans la zone euro
Des politiques budgétaires nationales encadrées par l’Europe
Le saviez-vous ?
L’origine de la règle du déficit public
Il faut remonter à François Mitterrand en 1981 pour comprendre l’origine de la règle. Après la prise de pouvoir en France par le Parti socialiste, la France va connaître à cette époque un déficit public important. Pour ne pas dépendre d’une façon outrancière des marchés financiers, et donc du capitalisme mondial, François Mitterrand demande à Pierre Bilger, directeur du budget, de lui présenter une règle de finance publique servant de butoir, face aux velléités des ministres d’augmenter systématiquement les dépenses. Pierre Bilger en parle à Guy Abeille, haut fonctionnaire du ministère des finances, qui constate que les projections du déficit pour 1982, rapportées au PIB, donnent environ 3 %. Onze ans plus tard, lors du Traité de Maastricht, on reprendra cette règle.
Le contrôle et les sanctions éventuelles
Le Pacte de stabilité européen comporte deux types de dispositions :
– Une surveillance multilatérale : les États de la zone euro présentent leurs objectifs budgétaires à moyen terme dans un programme de stabilité actualisé chaque année. Un système d’alerte rapide permet au Conseil Ecofin, réunissant les ministres de l’Économie et des Finances de l’Union, d’adresser une recommandation à un État en cas de dérapage budgétaire.
– des sanctions financières en cas de dépassement excessif.
Du PSC vers le TSCG
Avec le non-respect des règles du PSC par la plupart des pays de l’Europe, un nouveau traité plus restrictif est en application depuis 2013. Il s’agit du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (TSCG) ou Pacte budgétaire européen. Les pays qui ont ratifié ce traité doivent alors respecter la règle d’un déficit (budgétaire) structurel* inférieur à 0,5 % du PIB. Ils pourront alors bénéficier du mécanisme européen de stabilité. Sous certaines conditions, l’Europe prête de l’argent à un pays en difficulté temporaire et aussi elle rachète éventuellement de la dette.
* Le déficit structurel prend en compte le déficit public, mais en corrigeant avec les dépenses nécessaires pour des mesures conjoncturelles.
Un manque de coordination
Chaque pays élabore le budget national selon ses propres objectifs. Ainsi un pays qui doit réduire son déficit public aura tendance à limiter les dépenses publiques. À l’inverse, il espère que les autres pays de la zone votent un budget plus accommodant pour profiter des demandes de ce pays. On voit ainsi qu’i existe un défaut de coordination des politiques budgétaires autrement dit les politique menées par chaque pays manquent de concertation au niveau européen.
Synthèse
Nous venons de voir que la politique budgétaire dans l’Union européenne est essentiellement le fait des nations sous le contrôle des règles européennes. À l’inverse, la politique monétaire depuis 1992 est exclusivement le fait de l’Europe.
IV. La monnaie unique permet des avantages sous contraintes
La politique monétaire c’est la gestion de l’offre monétaire par la Banque Centrale. Cela assure, par le biais notamment du taux d’intérêt, la stabilité des prix, mais aussi des taux de change.
A. Les bénéfices attendus de l’euro

La force de la confiance
La politique conventionnelle et non conventionnelle de la BCE
En effet, la politique conventionnelle vise à se servir du taux d’intérêt comme instrument de relance. Un taux d’intérêt directeur plus bas permet aux banques de second rang de proposer des crédits à des taux attractifs qui profitent aux ménages et aux entreprises. Néanmoins, quand les taux d’intérêt sont au plus bas mais que le manque de confiance dans l’économie est faible, alors cela ne permet pas de dynamiser la croissance. Nous sommes alors dans une zone que l’on peut qualifier de trappe à la liquidité. La Banque centrale européenne peut alors utiliser des politiques non conventionnelles. Ce sont des politiques monétaires qui assouplissent les règles en vigueur pour faire face à une situation économique inédite. Par exemple, le quantitative easing vise à acheter massivement des titres financiers émis par les banques de second rang, notamment des obligations d’États. Cela assure la liquidité des marchés et les banques gardent confiance. De plus, en augmentant les liquidités, l’offre de monnaie, cela permet de réduire le taux d’intérêt. En effet, avec plus de liquidités, le prix de l’argent, donc le taux d’intérêt, peut être moins élevé. In fine, cela agit alors positivement sur la croissance économique.
B Les contraintes de la monnaie unique
La Zone Monétaire Optimale
Une monnaie unique nécessite une certaine homogénéité des économies des pays membres. L’économiste canadien Mundell a défini dans les années soixante une Zone Monétaire Optimale (ZMO). Selon lui, une union monétaire ne peut être plausible qu’à condition que les économies ne connaissent pas de chocs asymétriques. Cela signifie que les différentes économies de la zone euro subissent des chocs différenciés. En effet, les pays du Nord ont tendance à avoir un faible taux de chômage et une bonne croissance économique. À l’inverse, les pays périphériques de la zone subissent un taux de chômage plus élevé.
Une ZMO difficile à mettre en place.
Conclusion
QCM (entre 0 et 3 réponses possibles)
Corrigé à la fin de l’article.
1) Le marché unique :
a. regroupe 28 pays b. concerne uniquement la libre circulation des marchandises ; c. permet la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.
2) La zone euro :
a. réunit tous les pays de l’Union européenne
b. concerne officiellement 21 pays en 2026.
c. réunit les pays de l’Union européenne qui gardent une Banque centrale indépendante.
3) Le marché unique procure des avantages :
a. l’augmentation du pouvoir d’achat
b. des économies d’échelle
c. plus d’innovations
4) Parmi les modalités de la politique de la concurrence, on retrouve :
a. la lutte contre les ententes et les abus de position dominante
b. le contrôle des concentrations
c. les aides de l’État
5) La politique monétaire peut avoir des effets bénéfiques sur la conjoncture
a. en limitant les dépenses et en augmentant les recettes des États
b. grâce au pilotage du taux d’intérêt par la BCE
c. grâce à la politique conventionnelle et à la politique non conventionnelle.
6) La politique budgétaire de chaque État de l’Union européenne :
a. est encadrée par le SME.
b. doit répondre aux règles du PSC.
c. est surveillée, voire sanctionnée par l’UE en cas d’abus.
7) Les difficultés des politiques budgétaires et monétaires
a. les politiques monétaires subissent un défaut de coordination
b. les politiques budgétaires sont remises en cause par les chocs asymétriques
c. des objectifs politiques différents et non concertés entre les pays de la zone euro
MAJ juin 2025 @ Philippe Herry

Corrigé du QCM
1) c
2) b.
3) a. b. c.
4) a. b.
5) b. c.
6) b. c.
7) c.


