les organisations politiques et le fonctionnement de la démocratie

Peut-on se passer des partis politiques? Quel est le rôle des autres organisations politique? Des syndicats? Des groupes d’intérêt?

Les notions du programme à maîtriser : Mobilisation électorale – société civile organisée – groupe d’intérêt

 

I. la contribution des partis politiques au fonctionnement de la démocratie

Avant de de travailler sur certaines fonctions des partis politiques , il est intéressant de travailler sur l’origine de partis.

      A. L’origine des partis politiques

      Les partis politiques ont émergé avec l’extension de la démocratie représentative

« les partis politiques sont les enfants de la démocratie  » M Weber, Le savant et le politique, 1919

En effet, pour arriver au pouvoir il faut pouvoir sélectionner les candidats et mobiliser les électeurs, ce qui passe par un travail de politisation

Selon M. Offerlé, chercheur français spécialiste de la sociologie politique, les partis se distinguent selon l’importance de leurs ressources collectives propres (permanents , moyens matériels, notoriétés, … ) mais aussi les ressources personnelles des dirigeants 

Les partis vont d’abord se structurer à gauche, car moins bien dotés en ressource personnelles, ils ont besoin du soutien d’une organisation . Le politologue Duverger opposait les partis de masse , des partis populaires qui doivent recruter massivement pour assurer le financement du parti et la formation d’élites populaires, aux partis de cadres ou partis de notables expression politique des classes dominantes,

Aujourd’hui cette distinction à beaucoup moins de sens. O. Kirchhaimer distingue par contre les partis ‘attrape-tout’ tournés vers les électeurs plutôt que vers les adhérents

Quels sont les points de clivage entre la gauche et la droite ? Les points de clivage entre la gauche et la droite correspondent à une hiérarchie différente des valeurs, donc logiquement à des politiques différentes, basées sur des moyens différents et cherchant à atteindre des objectifs différents.

Ainsi, la gauche met en avant des valeurs comme l’égalité des droits, des chances et des conditions, la justice sociale, la solidarité, l’émancipation individuelle passant par la liberté d’organiser sa vie selon ses choix, la défense des minorités …

La droite met plutôt en avant les valeurs du libéralisme économique (enrichissement possible, goût de l’effort, liberté d’entreprise, concurrence …), la liberté avec son corollaire la responsabilité individuelles, la charité, le respect des valeurs traditionnelles …

A l’intérieur des deux camps, des nuances peuvent être établies entre :

– des positions plus modérées et d’autres plus affirmées, affirmant des valeurs parfois extrémistes (fin de l’économie de marché à l’extrême gauche ou organiser le « retour au pays » des habitants non originaires de France pour l’extrême droite) ;

– des finalités qui peuvent être différentes (exercer le pouvoir pour mettre en œuvre un programme vs avoir des élus pour exister et se faire entendre) ;

– des moyens employés : les réformistes partisans d’une conquête du pouvoir par les urnes vs les révolutionnaires à gauche, le niveau d’autoritarisme plus ou moins exacerbé à droite …

 

Les partis politiques, des organisations fondamentales en politique car ils assurent de nombreuses fonctions:

– les partis politiques jouent le rôle central lors des campagnes électorales. A travers une organisation hiérarchisée, le parti politique permet le recrutement et la sélection des candidats potentiels. D’autre part les partis politiques jouent un rôle clé dans la mobilisation électorale. Le juriste français G. Lavau parle de ‘fonction de relève politique’

– les partis politiques sont des laboratoires d’idées,ils proposent des programmes. En effet, les partis convertissent en projet des oppositions de vues qui risqueraient de n’être qu’à l’état de conflit. Finalement il structure l’opinion publique. Les partis canalisent ainsi la violence incontrôlée. C’est une fonction tribunicienne comme le tribun de la plèbe dans la République romaine.

– Les partis politiques permettent l’intégration sociale. C’est une autre fonction clé des partis politiques qui est liée à la socialisation politique. Plus précisément les partis politiques offrent aux adhérents, aux membres, une culture politique voire aussi des lieux de sociabilité. Nous allons approfondir ce point ci-dessous à travers la fonction de politisation

– Les partis politiques contrôlent les organes gouvernementales , encadrent les élus et les représentants. 

Le programme de sciences sociales et politiques de terminale nous demande de nous centrer sur deux rôles essentiels des partis politiques: la mobilisation électorale et la politisation

   B. Les partis participent à la politisation des individus

   Nous allons ici analyser le rôle large des partis

Qu’est-ce que la politisation? L’étymologie du mot politique vient du grec politikè qui signifie : science des affaires de la Cité. La politisation c’est donc s’intéresser aux affaires de la politique aussi bien dans la réflexion que dans la pratique.

Ce processus suppose une socialisation politique que nous étudierons dans le thème quatre

La politisation est un processus qui n’est pas spontané. Par exemple, l’adoption du suffrage universel a obligé les professionnels de la politique à un long travail d’intéressement des profanes

Voici ci-dessous quelques exemples marquants de politisation intense qui ont été orchestrés par les partis?

– le combat pour la laïcité fin XIX e (des prises de positions violentes avec des combats de rue dans certaines villes)

– le combat pour l’égalité des situations (le rôle de la doctrine marxiste) porté au départ par la SFIO

– le combat pour l’égalité des femmes(le combat de S.Veil pour le droit à l’avortement)

– le combat pour le respect de la diversité citoyenne(le PACS puis le mariage pour tous)

– le combat pour le respect de l’environnement (rôle des partis écologistes mais aussi des associations … )

Exemple de politisation au sein du Parti Communiste

« Des années 1920 aux années 1970, le Parti communiste français (PCF) opère une importante intrusion sur la scène politique française. Grâce à des réseaux militants qui s’étoffent lors du Front Populaire, puis se consolident à la Libération, il devient le premier parti du pays par le nombre de ses adhérents, et sa puissance électorale dépasse celle de son concurrent socialiste. Son audience est alors surtout forte dans les milieux ouvriers, d’où son issus non seulement la plupart de ses soutiens électoraux et le gros de ses troupes militantes, mais également ses principaux dirigeants. De ce point de vue et par rapport au mouvement socialiste, l’organisation communiste est singulière. Les ouvriers ne sont pas seulement au centre de sa rhétorique, ils en constituent également l’essentiel des représentants. C’est sous cet angle que peut se comprendre la diffusion réussie de l’image du PCF comme ‘Parti de la classe ouvrière’. Si les dirigeants communistes peuvent revendiquer avec succès le monopole de la représentation symbolique de la ‘classe ouvrière’, c’est du fait de leur travail idéologique de valorisation du monde industriel, autour en particulier des figures du mineur et du « métallo », mais aussi parce qu’ils sont eux-mêmes issus des milieux ouvriers. Ils forment une élite ouvrière qui accède à des postes de responsabilité au sein de l’organisation et de ses réseaux (syndicats, associations, etc.), mais aussi dans les institutions publiques (mairies, administrations départementales, etc, …). (…)

La politisation communiste repose sur un travail d’encadrement et de mobilisation des classes populaires. Ces opérations diffusent des grilles de lecture politique du monde social, basées sur une vision conflictuelle des rapports sociaux, et elles construisent des liens entre les activités sociales ‘ordinaires’ et la vie politique, en valorisant les enjeux de la compétition pour le pouvoir. »

J. Mischi, Servir la classe ouvrière, PUR, 2010

 

C. Les partis politiques organisent la mobilisation électorale

Qu’est-ce que la mobilisation électorale? C’est l’ensemble des actions mises en œuvre par des acteurs divers pour diffuser une « offre politique »  et persuader les électeurs de se rallier en lui apportant leur soutien et leur vote ».

Les campagnes électorales constituent une conquête apaisée du pouvoir politique, dans un cadre démocratique, régulé par les lois. Ainsi, la compétition électorale internalise les conflits potentiels liés à la conquête du pouvoir et évite le recours à la violence.

L’exemple de la campagne historique de Obama en 2008 ‘Yes we can’

“L’élection présidentielle américaine de 2008 a réconcilié les américains avec la politique. Le taux de participation bondit à 63% des électeurs en âge de voter (score proche des standards français), alors qu’il oscillait entre 50 et 55% depuis quarante ans. Ce « miracle démocratique », l’Amérique le doit à Barack Obama. A son talent personnel, mais tout autant à une campagne révolutionnaire qui vise plus à susciter et à organiser des supporteurs qu’à convaincre les électeurs. Plus de 10 millions de personnes ont participé à la campagne d’Obama. Trois millions ont fait des donations. 1,2 million ont milité sur le terrain. Du jamais vu. Obama a créé une « communauté Obama ».

Quel est le secret de cette mobilisation ? […] La personnalité du candidat s’efface derrière une cause fédératrice, le changement : ce n’est plus « vote for Obama », c’est « vote for change ». […] La clé de la campagne, c’est l’appropriation : les électeurs deviennent les acteurs du changement. […] Dans les campagnes françaises locales, le porte-à-porte est systématique. Mais il est fait par le candidat. Obama donne au contraire le pouvoir aux militants. Le militant fait campagne dans son voisinage de proximité. Ce n’est pas un inconnu qui vient parler à l’électeur : c’est un ami, un membre de sa communauté, un voisin. Cette communication de proximité a une efficacité exceptionnelle : les études montrent que le porte-à-porte retourne une voix toutes les quatorze portes.”

Olivier Ferrand et Pascal Peretz, « Obama, une campagne révolutionnaire », Libération, 21 janvier 2009.

Dans le texte est évoquée la création d’une « communauté Obama », c’est-à-dire que la perspective de pouvoir élire Obama, 1er noir à pouvoir envisager de devenir Président, a provoqué un engouement, une possibilité de changement, alors que G. W. Bush était Président depuis 8 ans (en étant minoritaire en voix en 2004). Les électeurs qui souhaitaient le changement étaient transformés en « volontaires » d’Obama, chargés de faire campagne dans leur proximité (famille, voisins, amis, collègues), en faisant du porte-à-porte dans leur quartier. La tâche première des militants a donc été de convaincre des électeurs de se transformer en supporteurs, eux-mêmes faisant campagne autour d’eux.

En France, ce sont les candidats et les militants qui font campagne et cherchent à convaincre les électeurs : on n’a pas l’habitude de demander aux électeurs convaincus de faire eux-mêmes le travail de mobilisation après de leurs proches.

Par contre, la mobilisation électorale regroupe un certain nombre de tâches concrètes:

– Former une équipe : candidat(s), directeur de campagne, mandataire financier (obligatoire), responsable logistique

– Écrire un programme et le mettre en forme pour sa diffusion sur supports imprimés (tracts, professions de foi) ou virtuels (site Internet, page Facebook)

– Diffuser le programme et faire connaître les candidats pour convaincre les électeurs

– Tractage

– Porte-à-porte

– Boitage

– Réunions publiques et meetings

– Conférences de presse

 

Finalement la mobilisation électorale nécessite plusieurs ressources:

– Des ressources humaines fournies par les militants

– Des ressources financières (participation des partis, dons, subventions publiques (pour les candidats atteignant les 5% des voix exprimées). En 2016, la campagne électorale de Hillary Clinton a dépassé le milliard de dollar contre la moitié environ pour Donald Trump

-Des ressources intellectuelles pour la formulation des idées et des arguments de campagne (les fameux « éléments de langage »). les think tank liés aux partis politiques. Les think tank permettent de relier les idées académiques et la pratique ‘ils dressent des ponts entre le savoir et le pouvoir’ selon P. Singer . Ils peuvent être formalisés au sein d’institution publique ou bien être plus ou moins informel sous forme de clubs ou de cercles (Fondation Concorde à droite, Terra Nova, EuropaNova, mouvance social démocrate)

– Des ressources organisationnelles pour coordonner et organiser les actions sur le terrain.

II. la contribution de la société civile organisée au fonctionnement de la démocratie

En démocratie les partis politiques ne sont pas les seules organisations à jouer un rôle de représentation

      A. Les acteurs de la société civile organisée

      La société civile organisée regroupe des citoyens volontaires dans des entités organisées. Au delà des partis politiques il y a les associations, syndicats, groupes d’intérêt notamment. il y a également les ONG ou encore les communautés religieuses et les collectifs qui sont moins formels (par exemple AC action contre le chômage). Ces groupes mènent des actions collectives dans le but de promouvoir ou de défendre des valeurs et des intérêts communs.

On peut alors repérer les acteurs qui ont un rôle légitimé par le pouvoir, comme les syndicats des travailleurs, qui sont censés représentés la vision des travailleurs, et des mouvements sociaux qui cherchent à remettre en cause le monopole de la représentation des partis et des syndicats.

Taux d’adhésion à au moins une association selon la catégorie socioprofessionnelle en 2010 (en %)

Catégorie socioprofessionnelle Ensemble Action sanitaire et sociale
ou humanitaire et caritative
Sport Culture Loisirs Défense de droits
et d’intérêts communs
Syndicat, groupement professionnel
Agriculteurs exploitants 42 n.s n.s n.s n.s n.s 17
Artisans, commerçants, chef d’entreprise 29 n.s 14 n.s n.s n.s n.s
Cadres et professions intellectuelles supérieur 50 7 20 12 4 5 13
Professions intermédiaires 44 6 20 8 6 4 12
Employés 30 3 12 4 4 2 11
Ouvriers (y compris ouvriers agricoles) 26 n.s 12 3 4 n.s 9
Retraités 36 6 10 9 9 2 2
Autres inactifs 28 4 13 5 4 2 1
Ensemble 34 4 13 7 6 3 7

Source : INSEE,

Champ : France métropolitaine, individus de 16 ans ou plus, actifs ou retraités.

Ce document nous apprend que le taux d’adhésion à une association ou syndicat est inégal selon les milieux sociaux : en dehors des agriculteurs exploitants (poids du syndicalisme agricole), ce sont les cadres qui sont le plus adhérents des associations et des syndicats, suivis de peu par les professions intermédiaires. Mais ces fréquences d’appartenance diminuent avec la place dans la hiérarchie sociale, par exemple pour les employés et les ouvriers.

Les acteurs de la société civile présents dans ce document sont :

– Les associations, qui en France sont régies juridiquement par la loi du 1er juillet 1901 ;

Définition d’une association : « toute coalition ou regroupement institué par plusieurs personnes se regroupant pour un projet commun » (Dictionnaire d’économie et de sciences sociales – Nathan) ; on pourrait ajouter que dans la cadre de 1901, le but (l’objet social) ne doit pas être lucratif ;

– Les syndicats, autorisés en France depuis 1884 par la loi Waldeck Rousseau (en 1823 et 1825 en Angleterre) ;

Définition d’un syndicat professionnel : « association assurant la représentation et la défense des intérêts matériels et moraux d’une même profession » (DESS – Nathan).

On peut distinguer les syndicats d’employeurs, comme la Confédération générale des PME (CGPME) ou le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), voire la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), des syndicats de salariés

D’autres acteurs de la société civile ne sont pas mentionnés dans ce document: les communautés religieuses, les ONG ou les collectifs ou encore les lobbies.

     B. Un regard particulier sur les groupes d’intérêt

   Les groupes d’intérêt désignent les organisations cherchant à influencer le pouvoir, mais qui, contrairement aux partis, ne participent pas directement à la compétition politique. On les qualifie également de groupes de pression car ils ne souhaitent pas exercer le pouvoir

En France il y a une méfiance vis-à-vis des groupes d’intérêt qualifié parfois de lobby (les lobbies) traduction de couloir, vestibule menant aux assemblées parlementaires. Donc c’est une vision d’un organisme opaque qui lutte pour des intérêts particuliers et non pour l’intérêt général. Pour autant, c’est une vision limitée car de nombreux organismes luttent pour un intérêt général Ainsi les syndicats vont agir pour orienter les lois qui régulent le marché du travail, des ONG liées à la défense de l’environnement comme Greenpeace.

Cette méfiance française, vis-à-vis des groupes d’intérêt, est liée à l’histoire de notre pays. En 1791 loi Le Chapelier interdiction des organisations ouvrières et notamment les corporations. Il ne doit pas y avoir d’intermédiaire entre le citoyen et l’État dont les représentants incarnent le peuple. rappel, la loi sera abrogée un siècle plus tard uniquement, en 1884 la loi Waldeck Rousseau va légaliser les syndicats.

Dans Science politique (2010), Dominique Chagnollaud estime que la France a toujours hésité entre l’exclusion et l’intégration des groupes d’intérêt. Une opposition se fait jour, selon lui, entre l’expression d’une vision jacobine et unitaire de l’État et une tradition organiciste et antirévolutionnaire qui veut que la représentation des intérêts s’organise de la base au sommet, l’ensemble étant fédéré par une puissance publique paternelle.

Trois exemples:

– Le rôle de la Banque Rothschild dans la faillite de la Banque catholique française en 1882et qui est à l’origine du crise économique qui ne se termine qu’en 1889. Cette affaire qui a eu de forts retentissements à l’époque a alimenté les prémisses d’un antisémitisme qui n’a fait que se développer jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

– Le mur de l’argent sous le Front populaire, qui renvoie à l’hostilité des riches aux réformes de 1936, raison de son échec,

-L’opposition de De Gaulle aux marchés financiers, ce dernier affirmant en 1966 que la politique de la France ne se décidait pas « à la corbeille », c’est-à-dire à la bourse. Et plus proche de nous F.Hollande n’avait-il pas déclaré ‘notre ennemi c’est la finance.’ avant de se rétracter.

Par contre au niveau européen, les groupes de pression sont reconnus et exercent un pouvoir parfois douteux. Des exemples ci-dessous:

Bruxelles, les lobbies à la manœuvre

Dans le vaste quartier européen de Bruxelles, la puissance des lobbies saute aux yeux. Les grands noms du monde des affaires occupent chaque immeuble de bureau dans un rayon de 1 kilomètre autour des sièges de la Commission, du Conseil et du Parlement européens. Les entreprises , banques, cabinets juridiques, consultants en relations publiques et associations professionnelles y prolifèrent, s’employant à peser sur les règles, lois et directives qui façonnent le marché unique, encadrent les accords commerciaux et régulent le comportement économique et commercial dans une Union de 507 millions de citoyens. A Bruxelles, le lobbying est une industrie qui pèse plusieurs milliards d’euros. Selon le Corporate Europe Observatory, organisation militant pour une plus grande transparence, la ville compterait jusqu’à 30 000 lobbyistes, presque autant que d’employés à la Commission. La capitale européenne est la ville qui, après Washington, connaît la plus forte concentration de personnes cherchant à influer à sur la législation.

 

Gaz de schiste: l’aubaine de l’Ukraine

Pour ces lobbyistes, aucun domaine n’est plus important que celui de l’énergie. Or, avec sa mainmise sur les livraisons de gaz à l’Europe et sa politique de démembrement de l’ Ukraine Vladimir Poutine, le président russe, a propulsé la question énergétique en tête de l’agenda européen et international.

« La crise ukrainienne est vue comme une bénédiction, offrant au lobby du gaz de schiste l’occasion de faire miroiter aux Européens la nécessité de s’affranchir de la dépendance à l’égard du gaz russe », souligne Antoine Simon, qui analyse la politique des industries extractives pour les Amis de la Terre Europe, une organisation œuvrant pour la protection de l’environnement.

En mars, lors de sa première visite au siège de l’UE, le président américain, Bark Obama, a eu des mots très durs envers les dirigeants européens, les exhortant à aller à contre-courant de leur électorat pour se lancer dans la fracturation hydraulique et l’exploitation du gaz de schiste afin de libérer l’Europe du chantage de Moscou.

Dans un courrier adressé en novembre 2013 à Downing Street, Ivan Rogers, l’ambassadeur britannique auprès de l’UE, a proposé une stratégie visant à convaincre a Commission d’adopter, sur l’exploration du gaz de schiste, une position qui n’exigerait pas de nouvelle législation. Une semaine plus tard, David Cameron, le premier ministre, écrivait au président de la Commission, José Manuel Barroso, pour insister sur la nécessité d’une réglementation souple.

Gaz de schiste, politiques de lutte contre le réchauffement climatique, réglementations sur les gaz d’échappement automobiles, énergies renouvelables, techniques de capture du gaz carbonique, mécanismes d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre : le lobby de l’énergie, mené par des compagnies comme Shell ou BP, remporte de nombreux succès.

« Pour résumer, explique un connaisseur de cette industrie, lobbyiste à Bruxelles, les lobbies de l’énergie affirment que les entreprises qu’ils représentent ne sont pas compétitives, notamment vis-à-vis des États-Unis, en raison du faible coût de l’énergie dont bénéficient les Américains grâce au gaz de schiste. Ils pensent que les Européens se soucient trop des énergies renouvelables et du changement climatique, et qu’ils devraient être plus ouverts, comme les Américains. »

Le lobbying le plus efficace à Bruxelles est le fait d’anciens hauts responsables de la Commission, diplomates ou eurodéputés qui prennent leur retraite ou abandonnent leur fonction et mettent leur réseau et leur connaissance du système au service d’un lucratif travail de lobbying. C’est le cas de Jean De Ruyt, un baron belge qui connaît bien les arcanes bruxellois. Ambassadeur auprès de l’UE, ce diplomate de carrière a dirigé la présidence belge de l’UE il y a quatre ans. Engagé par un cabinet juridique américain, il est à présent un des principaux acteurs du lobby du gaz de schiste.

 

La bataille de la directive tabac

La rédaction et l’approbation de la directive tabac en février, ont mobilisé les 97 lobbies de l’industrie présents à Bruxelles. Ils n’ont pas lésiné sur les moyens pour tenter d’accorder le texte final à leurs intérêts privés.

Pas moins de 200 personnes ont débarqué dans la capitale de l’UE sous la houlette des trois géants du secteur (Philip Morris, British American Tobacco et Japan Tobacco). L’opération, à laquelle ils ont consacré plus de 3 millions d’euros, comportait deux phases : d’abord, persuader la Commission européenne ; ensuite,s’efforcer de convaincre les députés européens et les gouvernements nationaux. Objectif : que la norme établie par les institutions européennes nuise le moins possible à leur chiffre d’affaires.

La figure de proue des cigarettiers espagnols est Juan Paramo, porte-parole de la Mesa del Tabaco, l’organisation qui regroupe les acteurs du secteur. Il reconnaît avoir rencontré « à diverses reprises » des députés européens de son propre pays pour leur expliquer l’impact que la directive, encore imprécise, aurait sur un secteur « clé » pour l’Espagne

« Les lobbies ne sont pas comme on les dépeint dans les films, mais il faut se méfier de leurs stratégies. » Député socialiste chevronné au Parlement européen, Andrés Perello est un des 71 membres de la commission de l’environnement, la santé publique et la sécurité alimentaire. Il se dit habitué à traiter avec les industries de l’automobile, du carburant ou des médicaments – biens fortement exposés à des modifications de la réglementation. Mais il affirme n’avoir jamais subi un niveau de pression comparable à celui qu’exerce l’industrie du tabac. Il se montre compréhensif vis-à-vis du travail des lobbies, pourvu qu’ils adoptent un code de conduite « approprié ». « Nous sommes disposés à dialoguer , à condition que nous ne soyons sous la pression de personne », affirme-t-il. Quand un lobbyiste lui rend visite, il s’efforce d’être « parfaitement transparent », et l’un de ses assistants note les points traités au cours de la réunion.

« La pression se résume à des rendez-vous au ton très cordial, nullement menaçant », observe un autre député européen, qui admet avoir subi « beaucoup de pressions ». Toutes vaines : il n’en a pas été affecté, dit-il, au moment de voter. « Cela laisse un arrière-goût pas très agréable, mais toutes les interventions ont été légales », ajoute-t-il.

Dans cette grande parade de lobbying communautaire, les trois grandes associations européennes de cigarettiers (CECCM, ECMA et ESTA) jouent leur rôle, à travers des conseillers et des consultants influents qui connaissent de très près les instances européennes chargées de rédiger la proposition de loi.

Toutefois, les stratégies de pression d’un marché oligopolistique aussi important que celui du tabac entraîne toutes sortes d’intrigues et de mouvements en coulisses. En septembre 2013, The Guardian publiait un document confidentiel révélant comment Philip Morris a mis en place une stratégie coûteuse visant à convaincre députés et fonctionnaires européens. Le numéro un mondial du tabac avait établi une liste des 751 membres du Parlement européen, signalant leur soutien ou leur opposition présumés à la lutte antitabac.

« Face à la formidable pression des industriels du tabac, les professionnels de santé ont dû faire une chose à laquelle ils ne sont pas habitués : du lobbying en faveur de la santé publique », explique Francisco Rodriguez, président du Comité espagnol pour la prévention du tabagisme, bon connaisseur des négociations préalables à l’approbation d’une directive. Celle portant le tabac – formellement du moins – n’a contenté aucun des acteurs impliqués.

Source: Le Monde (2014) par I.Traynor (The Guardian), I.F. Somolinos (El Pais), J. Caceres (Süddeutsche Zeitung) et M. Zatterin (La Stampa)

 

Finalement, on retient des trois documents précédents que des groupes de pression influencent les pouvoirs de décision européen pour réaliser des profits au détriment de l’intérêt général. Ces groupes de pression ne sont nullement appuyés par une quelconque légitimité des citoyens. Aussi la défiance est liée au fait que cela peut remettre en cause la démocratie.

 

    C. La société civile organisée participe au débat public

    La société civile organisée participent de différentes façons au débat public.Il y a une forte variété des champs d’action. Nous en retenons trois:

– Certains acteurs influencent le pouvoir politique en défendant des intérêts privés ou l’intérêt général. Ils peuvent intervenir au niveau national mais aussi supranational (européen ou mondial)

– Les acteurs de la société civile peuvent être amenés à négocier avec les pouvoirs publics afin de participer à l’élaboration des lois.

– Une partie des acteurs s’opposent, contestent le pouvoir.d’une façon légale (mouvement de grèves, pétitions) voire illégale (les zadistes et les occupations illégales de terrains publics)

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