le marché et la concurrence

Certains dénoncent les lois du marché, la concurrence exacerbée qui profite à certains et exploite les autres ainsi que les relations inhumaines créées par le marché. D’autres ne jurent que par le marché qui permet d’optimiser les prix et la qualité des  biens et services échangés et plus globalement est le garant de la liberté de choix. Il est essentiel d’y voir un peu plus clair. Nous allons le faire en deux temps. Tout d’abord, nous allons travailler sur la notion de marché dans tous ses aspects. Ensuite, nous nous intéresserons au fonctionnement du marché concurrentiel

Les notions du programme à connaître: institution marchandes, droits de propriété, offre et demande, prix et quantité d’équilibre, preneur de prix, rationnement, surplus, gains à l’échange, allocation des ressources

I. Qu’est-ce qu’un marché?

A première vue une notion qui parait simple au vue de la définition en une phrase, mais en réalité une notion complexe qui a mûri grâce aux travaux de nombreux économistes.

A. Les échanges marchands et la notion de marché

 Nous entendons parler de société marchande, de marchandisation du monde. Cela traduit bien l’idée que l’échange marchand a une place essentielle dans nos sociétés. En effet l’échange marchand concerne tous les domaines. On achète et on vend tout type de biens. Des biens alimentaires, immobiliers, de l’électroménager, des automobiles, de l’habillement, mais aussi tout type de services, transport, éducation, santé, hôtellerie, restauration, assurance, loisirs, activités culturelles.

D’autre part, il existe différentes modalités d’échange marchand. Au delà, de l’achat au supermarché du coin, avec un échange contractualisé par un ticket de caisse, il existe par exemple, les ventes aux enchères, à la criée, à la bougie mais aussi le e-commerce.

Nous venons de voir que les échanges marchands sont multiples et la manière de procéder également et pourtant il y a toujours quelques caractéristiques communes qui permettent ainsi de délimiter la notion d’échange marchand. Ainsi, on considère que dans l’échange marchand, la marchandise échangée – au sens large des biens ou des services – est l’élément clé de l’échange. Il ne s’agit pas de donner plaisir à quelqu’un en lui achetant un objet proposé, mais bien d’un échange entre des personnes dont la relation personnelle joue un rôle secondaire. Il n’existe donc pas de lien de domination, ou de contraintes fortes qui lient les personnes qui échangent.

 

                                Le saviez-vous?

Karl Polanyi (1886-1964) est un économiste d’origine autrichienne qui pour fuir le nazisme s’est installé en 1933 en Angleterre puis plus tard au Canada. Il a écrit La grande transformation, publiée en 1944. Il adopte un regard historique mais aussi anthropologique pour montrer que les échanges marchands ont toujours été encastrés dans des relations de pouvoir, de famille ou d’amitié ou de voisinage, dans des environnements ou la culture, les valeurs, les façon de vivre ont des impacts forts sur la manière d’échanger et donc sur le prix de la marchandise échangée. Avec la Révolution Industrielle le système capitaliste qui se développe en Angleterre va désencastrer les marchés ce qui va provoquer des inégalités etune forme d’exploitation de plus en plus intolérable entre la classe bourgeoise et les prolétaires. Il va y avoir la montée du rejet du système avec la montée des idées socialistes. Aujourd’hui, après les mouvements comme Occupy Wall Street ou les Indignés on comprend que les thèses de K. Polanyi sont très actuelles.

 

Les échanges marchands vont être modélisés en économie par la notion de marché. L’économiste Cournot (1801-1877 ) est notamment considéré comme un des pionniers dans la définition et la description des mécanismes de marché. Par la suite de nombreux économistes et notamment Walras vont apporter leurs pierres à l’édifice, ce qui va permettre d’engendrer tout le matériel scientifique adéquat pour analyser à l’aide de courbes notamment les échanges marchands. Ceux que les économistes vont mettre en avant dans la notion de marché, c’est que l’échange entre les offreurs et les demandeurs va aboutir à un prix d’équilibre. Autrement dit, le prix n’est pas fixé, administré. Des cigarettes, des médicaments, et biens d’autres biens et services sont administrés et ils ne rentrent donc pas dans le cadre du marché défini en économie. La notion de marché est donc une notion plus abstraite qui répond à la définition suivante : Le marché c’est la rencontre entre l’offre et la demande qui aboutit à des échanges qui se font au prix du marché.

Ce qu’il faut bien comprendre dans cette définition en une phrase c’est qu’on considère que le marché est auto-régulateur. Autrement dit la confrontation entre les acheteurs et les vendeurs détermine le prix. C’est comme si, nous dit Walras, il existait un commissaire priseur qui annonçait à chaque instant les prix permettant ainsi l’ajustement entre les offreurs et les demandeurs au prix d’équilibre.

Les marchés concernent tous les secteurs de l’économie. On peut distinguer le marché des biens et services, le marché de la monnaie et de la finance et le marché de l’emploi. Ainsi sur l’ensemble de ces marchés, l‘offre désigne  la quantité de biens ou services qu’un ménage ou une entreprise souhaite vendre à un prix donné. Par exemple, l’offre d’une banque, c’est sa capacité à proposer des services financiers comme des crédits ou des guichets automatiques de retrait. Sur le marché du travail, l’offre sera par exemple matérialisée par les annonces sur les journaux ou sites Internet spécialisés. Une remarque: on peut également parler d’offre de marché ou offre agrégée pour désigner les quantités totales proposées sur le marché à un prix donné.

A contrario, la demande désigne la quantité de biens ou services qu’un ménage ou une entreprise souhaite acheter à un prix donné. Ainsi les ménages consommateurs sont des demandeurs quotidiens de biens et services mais aussi d’emplois, les entreprises sont demandeuses également de nombreuses consommations intermédiaires pour pouvoir produire. Plus globalement, On peut également parler de demande de marché ou demande agrégée pour désigner les quantités totales demandées sur le marché à un prix donné.

 

B. Les conditions de fonctionnement du marché

On pourrait penser que le marché s’autorégule, qu’il peut fonctionner spontanément, sans intervention extérieure. Il n’en est rien!  Le marché est une institution marchande qui pour exister nécessite aussi l’existence d’autres institutions. Une institution marchande c’est l’ensemble des contraintes, c’est à dire les règles et normes économiques et sociales qui organisent le fonctionnement du marché. Nous allons nous pencher ci-dessous sur quelques institution marchandes essentielles au bon fonctionnement du marché. 

En effet, le marché à besoin de règles formelles connues et  acceptées par tous. Des règles de sécurité, d’hygiène, de respect de l’environnement, de respect de la concurrence, … mais le marché nécessite aussi d’autres institutions comme la monnaie, qui a plusieurs fonctions essentielles dans l’échange (tu verras en détail le rôle de la monnaie avec le thème La monnaie dévoilée) . Une des règles essentielles qui permet l’émergence d’un marché est le droit de propriété. On définit souvent la propriété par les caractéristiques qu’elle offre, qualifiée par la maxime latine ; usus, fructus, abusus

Usus : droit d’user de la chose et de s’en servir

Fructus : droit d’en percevoir les fruits

Abusus : droit de disposer de la chose, de la vendre, de la détruire

Ainsi, la vente de tout bien ou service nécessite une preuve de transfert des nouveaux droits de propriété. C’est tout simplement le ticket de caisse au supermarché ou encore l’acte notarial pour l’achat d’un terrain, d’un appartement ou d’une maison. Mais qu’en est-il pour les biens culturels, pour les innovations?

Dès 1624, les Anglais, reconnaissaient la propriété intellectuelle en permettant à l’inventeur de se protéger avec un « brevet industriel » (patent en anglais) . Cela permet à l’inventeur d’utiliser son invention à sa convenance. Il peut produire en exclusivité ou vendre son invention. Il est protégé contre les récupérations frauduleuses de son invention. On comprend dès lors que cela incite à l’invention. C’est d’ailleurs d’après l’économiste américain D. North, une des raisons essentielles du décollage économique de l’Angleterre à la fin du XVIIIe siècle.

Comme tu le sais, d’autres formes de propriété intellectuelle peuvent être protégées. ainsi la création artistique est protégée par le Copyright. Cet article par exemple est protégé par un Copyright. De même, si tu désires faire une grande fête publique tu dois déclarer à la SACEM les musiques que tu vas utiliser.

 

                                Le saviez-vous?

En réalité le respect du droit de propriété, est une question ancienne, une question philosophique. Selon J. Locke  (1632-1704), philosophe anglais majeur du siècle des Lumières, le droit de propriété est un des droit fondamentaux comme le respect de la vie, Le droit de propriété permet à l’homme de construire une société et non de vivre à l’état sauvage. C’est un droit naturel, selon Locke et qui, au delà des biens matériels, s’étend à la sécurité, la santé, la créativité. On comprend dès lors que les idées de ce philosophe libéral sont à l’origine de la protection de la propriété privée grâce à des brevets notamment. Or cela aurait joué selon l’économiste américain D. North (1920-2015) un rôle central dans le développement de l’Angleterre avant toutes les autres nations!

 

Nous avons vu que le marché nécessite pour exister des règles formelles qui s’imposent aux individus et qui définissent les transactions marchandes. Mais au delà de ces règles formelles, il faut comprendre que le fonctionnement d’un marché est encastré dans un environnement, des façons de faire ou de vivre, des normes et des valeurs. Autrement dit des règles informelles encadrent également les marchés. Le manque de confiance notamment peut amener les offreurs et demandeurs à mettre en place un certain nombre de règles pour sécuriser le marché. Il y a des régions,  des pays, où la confiance dans l’échange est plus importante que dans d’autres. Cela est lié à l’environnement culturel, les valeurs véhiculées par les citoyens… la forme du marché, la façon d’échanger sera donc totalement dépendante du milieu environnant. Le marché s’insère donc dans un jeu de conventions.

 

C. Les limites des marchés

Existe-il un marché de l’éducation? marché des médicaments? marché de la drogue? marché des armes? marchés des services sexuels?  Ces quelques exemple gradués, montrent bien, que les marchés sont encadrés par des règles liées à l’éthique, la morale mais aussi des valeurs comme par exemple l’égalité.

Ainsi, le marché de l’éducation pourrait être privé. Des acteurs privés, autrefois les précepteurs, aujourd’hui des cours privés, des écoles privées pourraient dispenser l’éducation moyennant finance. Cela sous entend une inégalité flagrante entre ceux qui ont les moyens et les autres. De plus cela prive la nation, d’un grand capital humain puisque certains citoyens pauvres à fort potentiels n’auraient pas la possibilité de valoriser leurs compétences. Le domaine de l’éducation et de la santé sont les deux secteurs clés fortement encadrés par l’ État pour des raisons d’égalité. La France met ainsi un point d’honneur à offrir à tous les citoyens un accès au soin qui ne dépend  pas des ressources de chacun.

Parfois les marchés sont interdits, comme par exemple le marché de la drogue en France. Mais face à une demande, il se développe alors un marché parallèle non contrôlé par les administrations publiques avec toutes les conséquences que cela engendre: flux d’argent considérable, violence entre bandes rivales, économie parallèle avec des règles peu scrupuleuses du respect humain. C’est peu de le dire! La question de libéraliser certains marchés est donc en débat.

Les exemples sont multiples, et les débats nombreux. Ainsi, face au respect de l’environnement peut-on accepter de fracturer les roches et de proposer du gaz de schiste? Les États-Unis l’ont accepté, la France l’a interdit pour le moment.

 

Nous avons donc compris que certains types de biens et services échangés nécessitent d’être encadrés par des règles plus ou moins stricts. Pour autant, les jeux de l’offre et de la demande entraine la création de marché illicite, illégaux, d’économie parallèle parfois fortement structuré. Il faut donc contrôler, sanctionner, réprimer parfois.

Après avoir décrit, caractérisé les marchés et les règles des marchés, nous allons nous intéresser au fonctionnement des marchés. Procédons par étape. Tout d’abord nous allons nous intéressons au modèle du marché concurrentiel (II) puis dans un chapitre ultérieur nous pourrons nous intéresser aux autres formes de marché, aux imperfections et aux défaillances de marché.

II. Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il?

Pour comprendre le marché concurrentiel on raisonne en prenant en compte un modèle, une construction simplifiée de la réalité qui repose sur des hypothèse. 

Prenons un exemple:. Tu as un hobby faire du surf. Tu vas donc chercher à acquérir ton objet convoité, la planche qui va répondre à tes désirs. Il faut se mettre alors à la recherche d’une planche de qualité répondant à tes critères. Il faut s’informer sur les différents marques, les différents producteurs ou offreurs. D’autre part, tu vas être confronté à des contraintes de coûts. A travers cet exemple, on a retrouvé les deux hypothèses centrales du marché concurrentiel.

– Les acteurs sont rationnels. Ainsi les acheteurs cherchent à maximiser leurs consommations, principalement selon la qualité et le prix. Il parait entendu qu’à qualité donné, le consommateur cherchera le prix le plus bas. De même les vendeurs vont chercher à minimiser les coûts et à maximiser leurs profits avec les prix les plus élevés.

– un marché concurrentiel est un marché avec une multitude d’offreurs et une multitude de demandeurs. On dit que les acteurs sont price-taker. Ils n’ont pas le pouvoir d’influencer les prix.

A. Les modèles économiques du marché   

Qu’est -ce qui détermine l’offre ? Par exemple, de quoi va dépendre l’offre de glace que tu as vendu cet été sur les plages pour te faire un peu d’argent? Tout d’abord du coût de production, car ton employeur cherche à faire des bénéfices une fois payé ton salaire, les coûts liés aux glaces, les glacières et les frais annexes. De plus cela va dépendre d’une concurrence ou pas, d’une éventuelle évolution technique (par exemple une glacière plus performante). Il y adonc plusieurs critères qui déterminent l’offre de biens ou services. Mais avant tout, on peut considérer que l’offre va dépendre essentiellement du prix pratiqué sur le marché. On considère donc qu’indépendamment des autres déterminants, l’offre est déterminée par le prix. En effet si le prix du marché augmente alors il est intéressant d’augmenter la production pour faire plus de bénéfices et inversement. Si on additionne ou agrège l’ensemble des offreurs, on obtient la courbe d’offre O = f(p) qui est une fonction croissante du prix. On considère donc qu’indépendamment des autres déterminants, l’offre est déterminée par le prix

Qu’est- ce qui détermine la demande?

Les déterminants de la demande sont multiples. Il y a  le revenu du consommateur, la qualité du produit qui dépend du goût du client. Cela dépend également des prix des biens substituables ou des biens complémentaires. Par exemple je je désire faire le trajet Nantes-Paris et que je n’ai pas de voitures. Je me renseigne sur les billets de trains mais je peux également me renseigner sur d’autres formes de transport (un bien substituable) , un billet d’avion, un transport Blablacar. Selon le prix du bien substituable, je choisirai ou pas d’acheter un billet de train.

Cependant on peut considérer que le principale déterminant de la demande est le prix du bien ou service. On peut donc considérer qu’indépendamment des autres déterminants, la demande est déterminée par le prix. Il existe une relation simple entre la demande et le prix. Lorsque le prix baisse la demande augmente et inversement. Nous pouvons ainsi établir une courbe de demande sur un marché qui correspond à la demande agrégée selon le prix du produit. Nous obtenons ainsi la fonction de demande D = f(p) qui est une fonction décroissante du prix.

Le croisement entre la courbe d’offre et de demande permet d’obtenir le prix d’équilibre, c’est à dire qui vont satisfaire les offreurs et demandeurs, qui ne vont alors plus modifier leur comportement.

 

La loi de l’offre et de la demande répond ainsi à du bon sens. Plus les prix sont élevés et moins je suis tenté d’acheter et plus le producteur est tenté de vendre. Pour autant, il existe deux exceptions notoires. Il s’agit des biens Giffen et les biens Veblen. En effet, il arrive parfois que lorsque les prix augmentent alors … la demande augmente !! (je te laisse, si tu en as envie découvrir le raisonnement ici)

Avant de continuer, tu dois te familiariser avec la courbe d’offre et de demande. Je te propose de regarder le schéma classique proposé par Flachéco puis de faire des exercices

Tu te sens opérationnnel? Tu sais comment déplacer la courbe d’offre lorsque les techniques de production augmente? Tu sais déplacer la courbe de demande lorsque la population augmente par exemple?

Mais pourquoi considère-t-on que les marchés concurrentiels sont efficaces? 

B. Le surplus et les gains à l’échange.

Partons d’un exemple: imaginons que ton hobby c’est le surf. Tu es disposé à acheter 300 € ta Long Board favorite qui te permettra de surfer en tout quiétude! Heureusement pour toi, il y a d’autres demandes et aussi une concurrence sur l’offre. Ainsi le prix de marché de ta Long Board est de 200 € . Génial! Tu étais prêt à dépenser 300€ et le marché te permet de n’en dépenser que 200€. Tu as réalisé un surplus de 100€. Le surplus du consommateur  c’est donc une différence entre le prix effectivement payé et le prix que le consommateur était prêt à payer.  Cet exemple qui se réalise pour une personne peut être généralisé à un ensemble de demandeurs.

A l’inverse, un fabriquant de Long Board avait réduit les coûts au maximum, ce qui lui permettait de proposer la planche de surf à 150€. Le marché lui permet d’espérer la vendre pour 200€. Génial! Le producteur réalise un surplus de 50€. Le surplus du producteur  c’est donc une différence entre le prix auquel le bien a été effectivement vendu et le prix auquel le producteur était prêt à vendre le bien. Cet exemple peut être généralisé à un ensemble d’offreurs.

Finalement, on a compris que grâce à l’échange sur le marché concurrentiel, les offreurs et les demandeurs  peuvent réaliser des surplus. Il y a donc un gain mutuel à l’échange sur un marché concurrentiel.

 

Nous avons vu à travers les modèles du marché concurrentiel, que la recherche de la concurrence peut-être bénéfique pour le consommateur, le producteur, et donc cela apporte plus de bien-être pour la société. Pour autant, dans la réalité beaucoup de marchés n’obéissent pas à la loi de la concurrence. Comment intervenir? Quel est alors le rôle de l’État ? C’est ce que nous verrons dans le prochain thème.

 

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