La monnaie et le financement

 

Après la crise des subprimes de 2008, chacun a compris que la sphère monétaire impacte considérablement la sphère réelle. C’est d’autant plus vrai que beaucoup de citoyens ont tendance à rendre les agents financiers, les banques, les assurances et autres sociétés financières comme responsables de la crise. Il est donc important de se pencher sur la question monétaire.

Qu’est-ce que la monnaie? Comment créer de l’argent?  Quels sont les agents qui ont des capacités de financement? des besoins de financement? Quel est le rôle de la bourse?

Les notions du programme à connaître: fonctions et formes de la monnaie, autofinancement, financement direct et indirect, taux d’intérêt, risque de crédit, masse monétaire, marché monétaire, banque centrale et prêteur en dernier ressort

 

I. A quoi sert la monnaie?

 

    A. Les fonctions de la monnaie

    A l’origine était le troc. Le troc c’est l’échange d’un bien contre un autre bien. Mais les inconvénients du troc sont que :
– les denrées sont parfois périssables
– il est parfois difficile d’évaluer l’échange
– les biens échangés ne sont pas toujours divisibles
   Par exemple échanger du poisson contre un service. Pas facile d’évaluer le prix, et le poisson c’est périssable, malgré ce qu’en pense Ordralfabétix, le poissonnier dans Astérix et Obélix. ‘Il n’est pas frais mon poisson!’

 

Au fil du temps des formes de monnaie sont apparues qui permettaient de répondre aux inconvénients du troc.
Quels sont alors les fonctions de la monnaie?
La monnaie est un instrument d’échange ou de paiement car elle permet un échange indirect espacé dans le temps.
Elle est un instrument de mesure c’est à dire qu’elle mesure la valeur des différents biens ou services qui sont échangés.
La monnaie est un instrument de réserve de valeur car elle peut être conservée pour réaliser un achat ultérieur.
 
Au delà des 3 fonctions économiques précisées ci-dessus, la monnaie a une fonction sociale et politique. La monnaie réunit les membres d’une communauté qui souhaite échanger. Elle permet de s’identifier aux membres de la communauté lorsqu’on utilise habituellement la monnaie. Elle permet la représentation de la puissance publique et la souveraineté. Autrefois, les seigneurs imposaient leurs sceaux sur les monnaies en circulation sur leurs seigneuries, et aujourd’hui … la symbolique de chaque nation se retrouve par exemple sur les pièces de un euro.
 

     B. Les formes de la monnaie    

      Dans un premier temps, est apparue la monnaie-marchandise: «Les premières monnaies étaient des objets, des marchandises, qui tiraient initialement leur valeur de leur emploi en tant que marchandise, autrement dit qui avait une valeur intrinsèque […]. Les marchandises qui étaient choisies pour remplir les fonctions de la monnaie devaient être appréciées de toute la communauté dans laquelle elles sont apparues.»   Delaplace, Monnaie et financement de l’économie.
 
Le bœuf a ainsi été une monnaie d’échange chez les Grecs et les Romains, la morue séchée à Terre-Neuve, le thé comprimé au Tibet, le tabac en Virginie, les fèves de Cacao chez les Aztèques, les dents de requin dans certaines peuplades d’ Océanie, les cauris pour certains peuples d’Afrique. Ainsi ces formes de monnaie répondaient bien à la définition puisqu’elles étaient des unités de compte, un instrument d’échange et une réserve de valeur. Cependant on comprend qu’au fil du
temps la monnaie métallique, l’or et l’argent notamment vont s’imposer comme des monnaies plus pratique pour l’échange.

    La monnaie métallique ou monnaie divisionnaire.

    Pour réaliser les échanges les métaux précieux ont été calibrés. On retrouve ainsi les lingots, puis les pièces facilement transportable. La valeur de la pièce était établie en fonction du volume d’or ou d’argent qu’elle contenait. Le sceau du seigneur, du roi, de l’empereur garantissait la valeur. On  comprend alors, que très rapidement les autorités se sont mises à certifier des pièces qui n’avaient plus le poids en or ou argent équivalent. Ainsi en certifiant 100 écus une pièce qui ne contenait que 50 écus d’or les autorités gagnaient 50 écus. Multipliés par X pièces, ce stratagème a permis d’amonceler de véritables fortunes permettant de guerroyer et d’étendre son domaine.

                                       Le saviez-vous?

Le droit de seigneuriage

Au Moyen-Age, le pouvoir du seigneur était notamment lié à sa capacité de ‘battre monnaie’ sur son domaine.Le sceau du Seigneur apposé sur la pièce, garantissait sa valeur. Le peuple pouvait alors échangé en confiance. Sauf que, certains vont exploiter ce pouvoir exorbitant. Ainsi Philippe Le Bel, roi de France de 1285 à 1314, fut surnommé le  roi ‘faux-monnayeur’. Il légitimait la valeur des pièces de son sceau royal, alors que celles ci comportaient de moins en moins d’argent. La livre tournois, la monnaie de l’époque bien avant l’arrivée du Franc en 1795, perdit ainsi une grande partie de sa valeur. C’était finalement une façon de remplir les caisses de l’ État à moindre frais. Un impôt déguisé en quelque sorte!

 

     La monnaie papier ou monnaie fiduciaire
     Au départ la monnaie n’est ni plus ni moins qu’un titre au porteur, autrement dit il
certifie que le porteur du titre peut légalement obtenir la somme inscrite sur le billet en «monnaie sonnante et trébuchante ». Par la suite ces billets ont été acceptés dans l’échange par la valeur représentée sur le titre. Aujourd’hui, personne ne remettrait en cause la valeur du billet ou du moins tant que l’on reste persuadé d’avoir un vrai billet et non un faux et tant qu’une déroute financière n’est pas à l’horizon. Pourtant, l’acceptation du billet a été lente en France. C’est en partie liée au début difficile.

                                       Le saviez-vous?

John Law (1671/1729), fils d’un banquier d’Edimbourg, est un économiste écossais qui a introduit en France le papier-monnaie. Il proposa son projet sans succès dans différents royaumes d’Europe. Puis finalement, son projet fut retenu par le successeur de Louis XIV, le régent Philippe d’Orléans en 1715. Il est vrai que les dépenses inconsidérées du Roi Soleil avait considérablement endetté la France. En 1716, John Law crée la Banque Générale qui peut émettre de la monnaie -papier contre de l’or. Le succès est foudroyant. Pendant près de trois ans, ce système va se développer. On s’arrache cette monnaie garantie. Puis, scénario classique, à la faveur de rumeurs, le doute s’installe, on souhaite se débarrasser de cette monnaie-papier, qui ne vaut alors plus grand chose. En 1720, c’est la banqueroute, et la ruine de nombreux déposants. Suite à cette affaire, les Français ont douté pendant fort longtemps la crédibilité du papier-monnaie. Cela a retardé malheureusement pendant de nombreuses années des facilités de développement.

    

      La monnaie scripturale

Étymologie. Scripturale provient du latin «scriptura» qui signifie «écriture»
La monnaie scripturale correspond donc à la monnaie écriture c’est à dire tous les jeux d’écriture qui permettent de transcrire sur les comptes des agents les opérations bancaires.
 
Remarque: la carte bancaire ou le chèque ne sont pas de la monnaie scripturale mais des instruments permettant de faire circuler cette monnaie.
 
Nous retrouvons dans le tableau ci-dessous les évolutions des parts billets et pièces ou monnaie scripturale
 

1920

1938

1950

1970

1984

1990

2002

monnaie scripturale (en %)

45.2

49.3

51.2

67.3

81.1

85

91.8

billets et pièces

(en %)

54.8

50.7

48.8

32.7

18.9

15

8.2

Comme tu le vois, la progression de la masse scripturale est fulgurante. Nous pouvons le voir à travers les agrégats monétaires

C. Les agrégats monétaires

Au delà de la forme de monnaie au sens strict, nous pouvons considérer que l’argent que nous possédons sur un compte ou un livret, représente des actifs que nous pouvons facilement transformer en pièces, billets ou monnaie scripturale. Ainsi il s’agit de la quasi-monnaie.
Les banques centrales comptabilisent ainsi l’ensemble des actifs monétaires. la masse monétaire correspond à la quantité totale de monnaie en circulation dans un pays à un moment donné. La masse monétaire est composée de trois agrégats monétaires. Ils sont classés selon leur degré de liquidité qui caractérise la facilité à transformer plus ou moins rapidement un actif en monnaie. Ainsi les comptes courants représentent de la liquidité mais un dépôt à terme est beaucoup moins liquide puisqu’il faut attendre la date d’échéance avant de convertir les actifs en monnaie.
 
 

OPCVM? Organisme de Placement Collectif en Valeurs mobilières. Un OPCVM est donc un organisme, souvent lié à une banque, qui placent ton épargne en investissant dans certaines valeurs mobilières autrement dit des obligations, actions ou autres titres financiers

Finalement, à l’aide de ce premier paragraphe tu as compris que les pièces et les billets ne correspondent qu’à une infime partie de la masse monétaire. On dit que la monnaie est dématérialisée. Un des objectifs de la Banque Centrale Européenne qui regroupe l’ensemble des Banques Nationales, est de quantifier ce stock pour accompagner la croissance économique.

En effet, pour dire les choses simplement, la masse monétaire doit accompagner la croissance économique. Par exemple si la croissance du PIB européen est de 4% (on peut rêver!) alors il faut que cette masse monétaire augmente grosso modo de 4%. Pour réaliser cette opération complexe, il faut comprendre comment fonctionne le financement de l’économie.

II. Comment l’activité économique est-elle financée?

Un agent économique qui désire trouver de l’argent pour réaliser des projets est un agent à besoin de financement. Inversement celui qui peut prêter cette somme est un agent à capacité de financement. Au niveau macroéconomique, quels sont les agents à capacité de financement et ceux à besoin de financement?

     A. Les agents à capacité de financement

     Les sociétés non financières,  les banques et assurances ont des capacités de financement. Elles créent de la masse monétaire en proposant des crédits c’est à dire le prêt par une société financière à un agent économique en contrepartie du remboursement progressif du capital et d’un taux d’intérêt. Les banques ont un rôle indispensable puisqu’elles permettent à des agents à besoin de financement de réaliser des projets. (Voir le documentaire vidéo La banque des pauvres qui montre les problèmes lorsque les agents n’ont pas accès aux banques)

Les ménages ont globalement d’énormes capacités de financement, cela représente finalement le montant global de l’épargne des ménages. En moyenne en 2005 leur propension moyenne à épargner était de 0,15 ce qui signifie que en moyenne les ménages épargnent 15% de leurs revenus.

 

     B. Les agents à besoin de financement

      On constate que les entreprises non financières sont globalement endettées donc ont un besoin de financement. En effet les entreprises cherchent constamment des capitaux financiers pour pour pouvoir investir, innover, … 

Les administrations publiques sont lourdement endettées. Comme tu le sais, c’est un problème très préoccupant pour de nombreux pays européens, puisque la dette publique de nombreux pays  est devenue tellement importante que cela nuit considérablement au développement du pays. En 2017, la dette publique dépasse 100% du PIB

 

     C. Les modes de financement

  Comment les entreprises par exemple peuvent-elles trouver des capitaux financiers?
Elles peuvent se servir des bénéfices réalisés. C’est ce qu’on appelle l’autofinancement.
Si ce n’est pas suffisant elles peuvent demander un prêt auprès d’une société financière, c’est donc un financement indirect puisqu’il y a un intermédiaire qui procure les finances. Les Sociétés Anonymes (SA) ont également la possibilité de faire un emprunt auprès du public en émettant des obligations par exemple, auquel cas elles devront payer le taux d’intérêt aux porteurs d’obligations. Les SA ont également la possibilité comme tu le sais déjà d’émettre des actions. En accueillant de nouveaux actionnaires cela leur permet d’augmenter la part de capital financier qui pourra alors être investie dans l’entreprise. En contrepartie les actionnaires obtiendront le dividende, c’est à dire la part du bénéfice de la SA qui sera partagée entre tous les actionnaires autrement dit les propriétaires de la SA. C’est donc un financement direct puisqu’il n’y a pas l’intermédiaire des banques. Avec les nouveaux outils de communication, ce financement direct est devenu beaucoup plus important  depuis les années 80.
 
Un complément sur le taux d’intérêt :

Les opérations de crédit implique le recours à un taux d’intérêt qui correspond à la rémunération du prêteur ou symétriquement le coût du crédit pour l’emprunteur. Le taux d’intérêt sera plus ou moins élevé en fonction de la volonté de prêter ou pas, autrement dit du renoncement à la liquidité et aussi en fonction du risque de crédit autrement dit le risque de non-remboursement ou de report de l’échéance.

 
Ainsi, d’après toi, les taux d’intérêt sur des emprunts courts sont-ils plus ou moins élevés que ceux sur les emprunts longs ?
Réponse: Les taux longs sont rationnellement plus élevés que les taux courts puisque la prise de risque est plus importante.
 
Finalement l’évaluation du risque est une question centrale en économie:
Le prêteur, par exemple une banque, doit évaluer le risque lorsqu’il octroie un crédit. Il faut donc rechercher l’information sur le client qui peut ne pas tout dévoiler. C’est la caractéristique de … l’asymétrie d’information!  avec tout ce que cela peut entraîner comme conséquence. Ainsi, les emprunteurs aux projets plus risqués vont accepter des taux d’intérêt plus élevés ce qui est un mauvais signal pour le prêteur qui peut, si le risque est trop élevé, limiter ses propositions de crédit sur le marché. Cela peut créer au niveau macroéconomique un effet boule de neige qui enclenche une crise.
 

III. Qui crée la monnaie?

Je te propose de résoudre cette question qui paraît simple mais qui en réalité est plus complexe que cela, avec le texte ci-dessous
 
« Partons à la recherche des créateurs de monnaie Premier suspect: la planche à billets. J’en entendais souvent parler à la télévision. Quand quelque chose allait mal – les finances de l’État, les prix – on lui mettait tout sur le dos. Mais au fait, qui la faisait tourner cette fameuse planche? (…) Je décidais de faire un tour à la Banque de France, chargée de la fabrication de la monnaie en France y compris les DOM, St-Pierre et Miquelon et Mayotte. L’accueil fut plutôt réservé, au secrétariat général chargé de l’impression des billets:
« Il n’y a pas de planches à billets dans nos services, fit remarquer un peu sèchement le fonctionnaire. Depuis longtemps elles ont été remplacé par des rotatives.
– C’est encore pire, m’écriai-je en pensant à la rapidité de fabrication des billets.
– Vous n’y êtes pas du tout Monsieur, notre problème est uniquement matériel et non économique. Le public a besoin d’un certain nombre de billets pour les petits règlements. Nous assurons simplement l’approvisionnement des banques et l’entretien des coupures, répondit l’employé, se dégageant ainsi de toute responsabilité dans la création monétaire.
– Vous imprimez bien des billets et ils vont bien quelque part.
– Certes, les banques peuvent retirer des billets à nos guichets, mais elles ont chacune un compte qui est aussitôt débité, de la même façon que celui d’un particulier qui effectuerait un retrait d’espèces dans une banque commerciale. La monnaie ainsi mise en circulation existait auparavant. (…)
 Très vite, le nom d’un deuxième suspect émergea : le Trésor Public, qui gère les finances de l’État, semblait mêlé à cette sombre affaire. Je découvris alors que mon deuxième suspect avait bien une part de responsabilité. Lorsqu’il a besoin d’argent pour éponger une partie du déficit budgétaire l’État peut émettre des bons du trésor , qu’il vend aux banques. Et le voilà pris la main dans le sac, en pleine création monétaire sans qu’il soit nécessaire d’imprimer de nouveaux billets. Le schéma est simple: les fournisseurs de l’État sont payés grâce à la vente de bons du trésor, sans que les banques y perdent puisqu’elles se servent de ces bons pour accroître leurs propres liquidités. En effet les bons du Trésor sont directement négociables sur le marché monétaire, le marché des capitaux à court terme,  et presque aussi utiles aux banques que les billets. Elles s’en servent pour payer leurs dettes entre elles. (…)
 Tiens, tiens… Et si justement on allait voir du côté des banques. Les charges semblaient lourdes contre ce troisième suspect. J’obtins de sérieux indices en allant rendre visite à M. Jean-Marie Albertini, l’économiste auteur de Les rouages de l’économie. « Pour 83% ce sont des crédits accordés par les banques qui sont à l’origine de nos moyens de paiement actuels », assure-t-il, en poursuivant: « Lorsqu’une banque ordinaire accorde un crédit, elle peut le faire sans disposer dans
ses caisses de la somme correspondante. Elle inscrit tout simplement au crédit du compte de celui à qui elle fait crédit, le montant du prêt accordé. Elle crée de la monnaie scripturale. »
C’était donc vrai. Et la combine saute aux yeux: il est aussi facile pour une banque de créer de la monnaie en inscrivant un chiffre dans une colonne, qu’il est aisé à un particulier de remplir un chèque (…).
 Source:  O. Languepin, Science & Vie Economie n° 12 décembre 1985.
 

     A. Les crédits font les dépôts

     Finalement le texte ci-dessus  nous permet de comprendre que la création monétaire est essentiellement assurée par les crédits accordés par les banques commerciales.

En prêtant de l’argent les banques créent de la monnaie ex nihilo.

Mais alors, comment le système financier limite la création monétaire par les banques? 

 

     B. Les contraintes

     Les banques commerciales ou banques de second rang sont placées sous l’autorité de la banque centrale ou banque des banques. La banque centrale est l’institution financière clé dans un système bancaire. Elle a plusieurs fonctions:
– elle a le monopole d’émission de la monnaie fiduciaire
– elle contrôle l’émission de monnaie scripturale par les banques de second rang grâce au refinancement comme expliqué ci-dessous
– elle a en charge la politique monétaire
 
 

En Europe, comme tu le sais, la Banque Centrale Européenne est située à Francfort. Les Banques commerciales ou Banques de second rang de la zone euro ont l’obligation d’avoir un compte à la Banque Centrale, c’est à dire la Banque de premier rang.

Une partie des crédits alloués par les banques commerciales est convertie en monnaie centrale (par exemple des billets) . Si une banque commerciale ne dispose pas de suffisamment de monnaie Banque Centrale, elle doit se refinancer sur le marché interbancaire où la Banque Centrale est l’acteur principal. De plus la Banque Centrale contrôle l’émission de crédits via le taux de réserves obligatoires. En effet Par exemple si aujourd’hui le Crédit Agricole accepte des crédits aux particuliers pour un montant de un million d’euros alors la règlementation l’oblige à placer sur son compte à la Banque Centrale, environ 10% de cette somme en monnaie Banque Centrale. Elle devra donc geler 100 000 euros sur son compte. Si le Crédit Agricole ne possède pas cette somme, cette banque devra emprunter des liquidités. Or la Banque Centrale est le principal acteur sur le marché monétaire et contrôle ainsi à l’aide de ses taux d’intérêt directeurs plus ou moins élevés, la proportion de liquidités et donc de crédits que les banques peuvent obtenir.

A ce stade, tu as compris pourquoi les banques doivent avoir un compte à la Banque Centrale et comment elles peuvent se refinancer sur le marché monétaire. Maintenant, nous allons finir le raisonnement en repérant le mécanisme qui permet à la Banque Centrale de contrôler l’émission de monnaie via les crédits accordés par les banques.

En effet, la Banque Centrale intervient massivement sur le marché monétaire interbancaire, en achetant ou vendant des titres de créances. Si par exemple elle souhaite limiter la masse monétaire elle n’acceptera de refinancer qu’une partie des créances proposées. D’autre part, la Banque Centrale peut prêter la monnaie banque centrale moyennant le coût du taux d’intérêt directeur, on dit d’ailleurs qu’elle est ‘prêteur en dernier ressort‘. Ce taux d’intérêt est donc celui qui dirige les autres taux d’intérêt en quelque sorte. C’est donc un instrument efficace pour contrôler l’émission de crédits. Par exemple, si il y a trop de crédits la Banque Centrale peut juger opportun d’augmenter le taux d’intérêt directeur. Inversement, en cas de récession et de manque de création monétaire la Banque des Banques souhaite favoriser les crédits qui permettront la consommation et l’investissement et donc à terme la croissance économique, la Banque Centrale va prêter de la monnaie centrale aux banques qui en ont besoin à des taux d’intérêt bas. Elle peut ainsi relancer la ‘machine’ en injectant massivement des liquidités.

Indirectement la Banque Centrale contrôle donc la création monétaire qui dépend des Banques commerciales. Ingénieux, non!

 

Finalement, à travers ce thème tu as pu comprendre ce que représente la monnaie, la création monétaire et le financement de l’activité économique. Tu sais maintenant, que la monnaie répond à trois fonctions économiques principales, instrument d’échange, unité de compte et réserve de valeur. Mais elle répond également à des fonctions sociales et politiques. C’est le signe d’une nation ou d’une région comme l’Europe, et cela peut symboliser le pouvoir mais aussi la cohésion de la communauté qui échange la monnaie. Contrairement aux idées reçues, les pièces et billets ne forment qu’une infime partie de la masse monétaire qui est en réalité composée essentiellement de monnaie scripturale. Ce sont les banques commerciales ou banques de second rang qui créent la monnaie en émettant des crédits. Mais pour contrôler le système monétaire, la Banques Centrale, la Banque de premier rang,   a plusieurs outils. Cela est lié au fait que les banques commerciales doivent se procurer de la monnaie centrale. Ainsi la Banque Centrale peut agir sur le taux de réserve obligatoire ou elle peut alimenter d’une façon plus ou moins importante le marché interbancaire ou enfin elle peut agir via ses taux d’intérêt directeurs sur l’ensemble du marché monétaire. En effet la Banque Centrale y est l’acteur principal et contrôle ainsi ce marché. Ce système monétaire hiérarchisé permet donc d’éviter, une inflation par exemple, si les banques commerciales émettent trop de crédits. Inversement, les Banques Centrales peuvent le cas échéant, inciter les Banques à proposer des crédits en abaissant son taux d’intérêt directeur. Ce faisant, elle permet une augmentation de la consommation et de l’investissement, ce qui contribue à la croissance économique. Tu sais maintenant, comment fonctionne le système monétaire qui impacte la production réelle. Mais aujourd’hui le financement de l’activité économique n’est pas lié uniquement aux crédits bancaires. Depuis les années 80, le financement indirect laisse place à un nouveau mode de financement direct. Ainsi, les agents à capacités de financement peuvent directement financer les agents à besoin de financement. C’est un système plus direct, plus ouvert permettant l’intervention de plus d’acteurs sur le marché financier. Pourquoi pas, mais faut-il encore que les sommes d’argent considérables qui transitent sur les marchés financent l’investissement et l’innovation de demain et non la spéculation outrancière qui à tout moment peut déstabiliser l’économie mondiale.

 
 
 

 

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