Inégalités et classes sociales

Certains disent que les inégalités progressent en France en suivant le modèle des pays anglo-saxons.  D’autres affirment que les mesures statistiques ne permettent pas de le prouver. Qu’en est-il exactement? Au delà de cette question d’inégalité, on se demandera alors si la société de classes sociales a disparu.

Les notions du programme à connaître: inégalités économiques, inégalités sociales, classes sociales, groupes de statut, CSP,

 

I. Des inégalités multiples

    A Des différences sociales à l’origine des inégalités sociales

    Toutes les différences sont-elles des inégalités? 

    Une inégalité c’est une différence qui procure un avantages pour certains, un désavantages pour d’autres et qui est à l’origine des hiérarchies.

« L’inégalité individuelle ne devient une inégalité sociale que si l’infériorité ou supériorité est partagée par des personnes aux caractéristiques sociales identiques » P. Bonnewitz, Classes sociales et inégalités.

Les inégalités sont à la fois objectives, on peut les observer, mais aussi subjectives autrement dit, elles sont ressenties différemment suivant les individus et la société dans laquelle on vit.

Exemple: les mouvements féministes ont révélé des inégalités Hommes-Femmes qui étaient jusque là à peine ressenti ou bien-même assimilées à des inégalités naturelles

Remarque: ne pas confondre inégalité et injustice. L’inégalité est un fait social alors que la question de juste ou injuste est une norme. (voir le chapitre précédent où l’on traite cette question. Certaines inégalités peuvent être juste, d’autres injustes)

Comment peut-on alors décrypter  les inégalités?

     B. Des inégalités économiques

     Les inégalités économiques sont des différences dans la distribution des ressources économiques. On peut distinguer les inégalités de revenus (flux) et les inégalités de patrimoine (stock)

Quels revenus doit-on prendre en compte pour repérer les inégalités? Les salaires bruts? >Les salaires nets? Les revenu primaire ? Les revenus disponibles bruts?

Souvent on compare le salaire  net. Cela concerne en effet une grande partie des actifs occupés et cela prend en compte une partie de la redistribution opérée via les cotisations sociales. Les données sont plus faciles à obtenir mais cependant cela ne prend pas en compte les impôts directs et les revenus du patrimoine.

La mesure des inégalités économiques peut alors se faire de 2 façons, pour le dire simplement. On peut soit calculer les écarts à la moyenne (par exemple la comparaison entre le salaire moyen des Hommes et des Femmes) ou encore les dispersions des revenus dans la population via les quantiles En économie on utilise souvent les quartiles  ou les déciles , avec les privilèges qui se repèrent pour certains on utilise aussi depuis quelques temps les centiles.

Ces outils statistiques doivent être bien intégrés et j’ai donc mis en place dans MÉTHODES des exercices pour que tu maîtrises bien les notions de quantiles mais aussi la courbe de Lorenz et le coefficient de Gini.

Les revenus sont des flux et les inégalités continuelles de revenus viennent grossir le stock de patrimoine, ce qui concentre encore plus les inégalités.

On constate ainsi que plus les revenus sont élevés et plus les patrimoines sont globalement importants. D’autre part l’analyse des données en France et dans l’ensemble des pays,  permet de constater que les inégalités patrimoniales sont plus prononcées que les inégalités de revenus

A travers son ouvrage Le capital au XXIe siècle,  T. Piketty a monté son succès sur un travail remarquable concernant les inégalités et il reprend notamment l’idée que les inégalités se cumulent de générations en générations et qui cela creuse in fine les inégalités selon l’origine ou l’appartenance sociale.

Mais les inégalités ne sont pas que économiques…

     C. Des inégalités sociales 

     Les inégalités sociales sont des différences dans la distribution des ressources sociales . Au sens large les ressources sociales comprennent donc les ressources monétaires mais aussi culturelles, les ressources en terme de capital social.

Il existe ainsi de nombreuses inégalités sociales comme l’accès au logement, les inégalités dans la représentation politique (par exemple les députés ouvriers sont sous-représentés voire invisibles alors que les députés cadres sont su-représentés) ou encore les inégalités  devant la mort.

Nous pouvons repérer les inégalités selon les variables statistiques traditionnelles (on dit souvent les variables lourdes): le genre (sexe), l’âge,  la catégorie sociale d’appartenance ou de provenance, le diplôme

Les inégalités se cumulent c’est à dire que certaines inégalités sont à l’origine d’autres inégalités . Ainsi les inégalité de revenu renforcent les inégalités de logement qui peuvent expliquer d’autres formes d’inégalités et notamment les inégalités scolaires.

Les inégalités sociales peuvent-elles s’expliquer par une analyse de classe sociale?

II La structure de la société: des classes sociales ou une stratification sociale?

Vérifie avant de reprendre ce point que tu maîtrise les notions de première: groupe social, groupe social de référence et groupe social d’appartenance.

    A. La hiérarchie des groupes sociaux

    C’est Pierre Bourdieu qui rappelait que l’un des principaux enjeux de la sociologie, est de faire apparaître les hiérarchies invisibles et aussi de dévoiler les mécanismes invisibles par lesquels la domination se perpétue

 Traditionnellement on a distingué, les sociétés de castes, les sociétés d’ordre et les sociétés de classes sociales

Les sociétés de castes et ordres sont des sociétés fermées avec des règles d’ inégalités (inégalités de droit)

Mais avec l’abolition des privilèges dans les sociétés démocratiques et aujourd’hui dans tous les pays qui reconnaissent les droits de l’homme et du citoyen, il n’y a pas d’inégalité de droit mais de fait. On est alors dans des sociétés de classes sociales

La notion de classe sociale est délicate, c’est un terme ambigu, employé avec des sens différents par des auteurs différents. Pour simplifier on peut considérer qu’ une classe sociale est un groupe social ayant une existence de fait et non de droit et qui réunit des individus ayant des caractéristiques économiques, sociales, culturelles similaires.

Remarque: dans la hiérarchie des classes sociales on distingue très schématiquement les classes populaires, les classes moyennes et les classes supérieures (favorisées). Mais il y a d’autres classements possibles … ainsi comme tu le sais, Marx établissait au XIX e siècle,  une opposition plus affirmée entre les deux classes sociales antagonistes; les bourgeois et les prolétaires.

    B. Les classes sociales sont au cœur de la structure sociale selon Karl Marx

    Ce travail sur les classes sociales selon K. Marx nécessite de reprendre le contexte de l’époque marquée par la misère sociale d’une grande partie de la population et l’opulence de quelques privilégiés.  Il faut alors se souvenir des cours d’histoire sur la Révolution Industrielle mais aussi des cours de français sur les auteurs du réalisme social, Zola, Hugo, Balzac et tant d’autres.

                                       Le saviez-vous?

Karl Marx (1818/1883)

Il est né à Trèves en Rhénanie, devenue prussienne après l’effondrement de l’empire napoléonien en 1814. A 23 ans, il finit ses études de droit commencées à Bonn et poursuivies à Berlin. La Gazette Rhénane dans laquelle il publie, est interdite par le gouvernement prussien. Karl Marx s’installe à Paris pour continuer la propagande. Mais l’aventure tourne court et Karl Marx, expulsé, se réfugie à Bruxelles puis à Cologne. De nouveau expulsé, il choisit l’exil à Londres où il vivra le reste de sa vie. Il va côtoyer, sans vraiment la vivre, la misère des classes laborieuses. Il va travailler comme un acharné pour le mouvement ouvrier, notamment en rédigeant son œuvre dans les salles de lecture du British Museum!

 

K. Marx a une conception réaliste des classes sociales. Il distingue deux caractéristiques essentielles.

Le classement en classe sociale dépend de la possession ou pas des moyens de production. La classe bourgeoise possède les moyens de production et la classe prolétarienne vend sa force de travail et est exploité par les bourgeois qui extorquent la plus-value. Il emploie la notion de rapport de production, c’est à dire que notre place dans le mode de production est déterminée par notre classe sociale.

D’autre part, le classement en classe sociale nécessite une conscience de classe sociale. Conscience par exemple d’être un prolétaire exploité par la classe bourgeoise, ce qui nécessite alors de prendre part à la lutte des classes. Plus précisément K. Marx distingue la classe en soi (classe de fait) et la classe pour soi (les individus ont conscience d’appartenir à la classe sociale et vont pouvoir se positionner dans la lutte des classes)

 

      C. La société est une superposition de strates sociales selon Max Weber

     A la différence de K Marx, Weber analyse la structure de la société à partir de l’individu (individualisme méthodologique) donc on peut faire des classements des individus mais c’est une conception nominaliste des classes, dans le sens où on ‘nomme’ un regroupement d’individus qui sont dans une même position sociale.

Selon lui, la société n’est pas uniquement structurée selon la vision économique de possession ou pas des moyens de productions comme le pense. K. Marx Il y a des strates sociales ou couches sociales c’est à dire des groupes d’individus qui partagent des positions sociales qui semblent similaires. On peut repérer alors, une graduation des positions sociales

Selon lui, la société se structure selon 3 ordres distincts

 -> l’ordre économique qui permet de hiérarchiser des classes sociales qui réunissent des individus ayant des chances différentes d’accéder à certains biens ou services

remarque: les classes n’ont pas nécessairement conscience d’elles-mêmes. C’est une vision nominaliste (les classements de la société sont une construction intellectuelle pour mieux comprendre la réalité)

-> l’ordre politique: les inégales de distribution du pouvoir . La compétition va s’organiser à travers les partis

-> l’ordre social qui distingue les groupes de statut  (le statut social) selon le niveau de prestige et d’honneur

Cela repose sur des bases objectives (mode de vie, naissance, instruction) mais aussi des dimensions subjectives (reconnaissance de ce prestige)

Selon, l’économiste et sociologue allemand,  les ordres sont liés mais cependant distincts (exemple: vous pouvez être haut fonctionnaire et bénéficier d’un prestige social mais ne pas avoir un haut patrimoine). Ainsi selon M. Weber, il n’y a pas une société duale mais une société multidimensionnelle. 

    D. Une synthèse contemporaine de l’analyse de Marx et de Weber : le poids de la domination selon P. Bourdieu (1930/2002)

Le regard sur les travaux de P. Bourdieu, le sociologue français de référence,  nécessite de se pencher quelques instants sur sa biographie et les concepts principaux qu’il emploie. Il faut notamment maîtriser les notions déjà vus de capital économique, capital culturel, capital social, capital symbolique.

  • Le capital économique:  l’ensemble des ressources économiques d’un individu, ses revenus (le flux régulier) et son patrimoine (le stock de capitaux financiers et non financiers).

  • Le capital culturel:  l’ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu. On percevoir ces ressources selon 3 formes distinctes: tout d’abord, ces ressources sont incorporées (c’est le savoir et le savoir-faire, les compétences, la façon de s’exprimer …), ensuite elles sont objectivées (par des possession d’objets culturels, comme des tableaux, des livres, …) et enfin ces ressources culturelles sont institutionnalisées (ainsi on possède des titres ou des diplômes scolaires ce qui permet de légitimer notre capital culturel).

  • Le capital social: l’ensemble des ressources qui sont liées à la « possession d’un réseau durable de relations. Cela nécessite un travail régulier pour entretenir ce réseau.

  • Le capitale symbolique désigne toute forme de capital (culturel, social, ou économique) ayant une reconnaissance particulière au sein de la société ou toute propriété perçue et reconnue par d’autres agents sociaux (Raisons pratique, 1994).

Bourdieu emploie le terme ‘capital’ pour désigner toutes ces ressources sociales dans la mesure où elles résultent d’une accumulation qui permet aux individus d’obtenir des avantages sociaux

Le capital culturel est l’enjeu majeur selon P. Bourdieu permettant de distinguer la classe dominante qui impose son modèle culturel aux dominés.

Pour autant, Bourdieu utilise avec précaution la notion de classe sociale. Il distingue plus précisément la classe probable qui regroupe un ensemble d’individus qui ont les mêmes habitus* de classe. On est ici proche de la vision nominale des classes, ce qui nous rapproche de la vision de Weber. Mais d’autre part, il emploie la notion de classe mobilisée lorsque les membres de la classe probable s’organisent pour la défense de ses intérêts. On est ici plus proche de la vision réaliste des classes selon Marx.

 

*Le terme ‘habitus’ est central chez Bourdieu. Il désigne les  dispositions autrement dit les manières d’être durables, inculqués à l’individu par son milieu d’origine et qui guident les opinions, les conduites et les représentations

 

III La dynamique de la structure sociale aujourd’hui

    A. Une analyse de classe qui est dépassée selon certains sociologues

   On retrouve ici les travaux d’ H. Mendras sur la moyennisation de la société. Selon lui la classe ouvrière est une classe centrale dans l’analyse marxiste. Mais la classe ouvrière n’est plus centrale à partir des 30 glorieuses. La catégorie des employés devient ainsi plus importante en terme d’effectifs. De plus la classe ouvrière n’est plus univoque. On distingue les ouvriers qualifiés, qui possèdent souvent un emploi stable, avec une progression de carrière possible et les ouvriers non qualifiés qui ont plus souvent des contrats précaires et moins de possibilités de réaliser une carrière.

Avec le développement économique de la société et la démocratisation, est apparue dès les années 30 aux États-Unis et plus globalement après la deuxième guerre en France, une classe moyenne. Or la classe moyenne brouille l’antagonisme de classe sociale traditionnelle.

Mais d’autres inégalités brouillent aussi les frontières de classe

-> les inégalités genrées

A travers la notion de genre, de nombreux sociologues ont fait apparaître jusqu’à récemment des inégalités sociales qui se construisent entre les hommes et les femmes.

-> les inégalités ethniques et la ségrégation spatiale

Il existe une inégale répartition géographique de la répartition des revenu

Le territoire d’appartenance est le symbole d’un certain statut social. Aussi les résidents vont tenter de préserver cet acquis, une logique d’évitement ou de séparation, et une politique de défiance vis-à-vis des nouveaux arrivants peut se mettre en place.

Cela peut expliquer une certaine ségrégation sociale. C’est le travail que réalise Donzelot dans son ouvrage, la ville à 3 vitesses. Il distingue, en premier lieu la gentrification et donc les quartiers gentrifiés qui concernent les classes aisées, en deuxième lieu la périurbanisation qui concerne les classes moyennes et finalement les espaces de relégation qui regroupent les classes peu favorisées

 Pour autant, la moyennisation de la société qui remet en cause la notion de classe sociale est une vision de la société qui n’est pas partagée par beaucoup de sociologues.

 

       B. Une analyse de classe toujours d’actualité selon d’autres sociologues

       Beaucoup de travaux ont été réalisés sur les classes populaires qui  regroupent les employés et les ouvriers plus souvent non-qualifiés.

Les caractéristiques des classes populaires sont ; les emplois précaires (CDD, peu de responsabilité, peu de mobilité professionnelle…), les difficultés financières, et d’autres inégalités sociales … des difficultés liées à l’habitat

L. Chauvel, sociologue français contemporain décrit une classe moyenne à la dérive. On assisterait à une fragmentation de la classe moyenne selon les ressource ou capitaux possédés. Des distinctions se font jour entre salariés et indépendants, secteur privé et public …

D’autres sociologues, comme Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, ont fait leur fond de commerce sur l’analyse des privilégiés et la structuration de l’entre soi qui permet à ce groupe de se distinguer. Dans le ghetto du gotha, ils analysent les stratégies permettant de préserver les capitaux. Le capital social aide à préserver et augmenter le capital économique. Le capital culturel légitime la domination. Les loisirs distinctifs partagés (concours hippique, réception, le bottin mondain, mais aussi les rallyes …)

Philippe Herry 

MAJ 03/17. Si cet article t’as intéressé, tu peux laisser un commentaire ci-dessous

 

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