Commerce mondial, protectionnisme et FMN

Libre échange ou protectionnisme? En votant Trump, en novembre 2016, les américains ont souhaité plus de protectionnisme, plus de barrières douanières et plus de ripostes face à une mondialisation jugée agressive. Alors, la mondialisation, est-ce un mal? Le protectionnisme, un avantage? Après avoir traité ces questions nous analyserons les stratégies de l’acteur clé de la mondialisation: la Firme Multinationale

Les notions du programme à connaître: Avantage comparatif, dotation factorielle,libre-échange et protectionnisme, commerce intra-firme, compétitivité prix et hors prix, délocalisation, externalisation, firmes multinationales, spécialisation

 

I. Les évolutions et transformations des échanges internationaux

A. Le contexte de la mondialisation

Les anglais disent globalization et on traduit parfois par globalisation notamment lorsqu’on évoque la globalisation financière, mais sinon le concept plus souvent repris est mondialisation. Cela évoque la constitution d’un espace économique mondial avec une interdépendance de plus en plus forte des économies nationales.

En effet, nous constatons depuis la fin de la seconde guerre mondiale l’explosion du commerce mondial. Le rythme de croissance des exportations a été plus important que celui de la croissance mondiale. Ainsi les exportations de marchandises ont été multipliées par pratiquement 32 depuis 1950, alors que dans le même temps le PIB mondial a été multiplié par environ 8,5. Cela traduit l’ouverture croissante des pays.

La mondialisation est-elle un phénomène récent? L’histoire longue nous permet de relativiser.

Daniel Cohen dans La mondialisation et ses ennemis, 2005, fait remonter les premiers temps de la mondialisation à la découverte des Amériques, qui a engendré des flux de marchandises mais aussi des flux de personnes avec les esclaves. Mais c’est à la fin du XIXe, début XXe  qu’on assiste à une interdépendance forte des économies. C’est la période des colonies avec des flux de marchandises et de capitaux Nord-Sud très important.  S Berger dans son ouvrage, Notre première mondialisation, 2003, nous décrit alors un stade avancé d’interdépendance économique que nous venons juste d’égaler aujourd’hui. En effet, à partir de la première guerre mondiale nous assistons à un long repli des économies qui se tournent vers des modèles protectionnistes, et ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que libre échange va reprendre et s’accentuer dans les années 80 avec les révolutions dans les transports et les communications.

Quelles sont les caractéristiques de cette deuxième mondialisation?

 

B. Les caractéristiques principales du commerce mondial actuel

La grande majorité des exportations concernent des marchandises, et parmi celles-ci principalement des produits manufacturés. Ils représentent 70% des exportations de biens.

Pour autant, les exportations de services, notamment le transport, le tourisme, la finance, les conseils, les tâches de services routinières ne cessent d’augmenter notamment depuis 1980 . En 2010 elles représentent 20,2% de l’ensemble des exportations.

Dans les années 60, le poids de l’Europe est prédominant. Nous savons que les exportations européennes correspondent en majorité à un commerce intra-européen. En 2008, les pays de l’Europe représentent encore une zone clé du commerce mondial avec 29% des exportations mondiales, mais la zone Asie et l’Océanie, notamment la Chine et l’Inde, est devenue incontournable. En effet, nous assistons à une augmentation fulgurante de la Chine dans le commerce mondial. En 2010, la Chine réalise 10% des exportations mondiales. Pour autant il ne faut pas oublier que les firmes ateliers localisées en Chine, importent beaucoup de biens intermédiaires pour les assembler.

 

Pour comprendre l’expansion incroyable du commerce mondial ces trente dernières années, il faut se pencher sur les penseurs qui sont à l’origine du « laisser faire ». Il s’agit bien sûr des économistes liés à la première puissance mondiale à l’époque, l’Angleterre.

II. La libéralisation des échanges

A. Les déterminants du libre échange

Le libre échange est une politique commerciale qui vise à réduire tous les obstacles à la libre circulation des biens et des services

L’origine du libre-échange? Il parait entendu, lorsqu’on est un producteur, que se protéger de la concurrence grâce à des barrières permet à court terme de réaliser plus de profit. Le libre échange ne va pas de soi. Il faut effectivement des arguments forts, pour faire passer l’idée que le libre-échange est souhaitable. Nous allons les retrouver ensemble.

 A. Smith (1723/ 1823), l’économiste écossais considéré comme le père fondateur de l’économie. Dans son célèbre ouvrage Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Livre IV chapitre 2, voici ce qu’il écrit:

 » Ce qui est prudence dans la conduite de chaque famille en particulier, ne peut guère être folie dans celle d’un grand empire. Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l’établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelque avantage. »

A. Smith, nous présente ci-dessus les gains à l’échange (rappel de première). Grâce à  l’échange et à la spécialisation dans le domaine où l’agent est le plus efficace, les individus peuvent consommer plus de biens et services et de manière plus diversifiée qu’en situation d’autarcie.

  Nous pouvons énoncer la théorie de l’avantage absolu d’Adam Smith: le pays qui produit un bien à un coût inférieur à tous les autres pays possède un avantage absolu. Il faut qu’il se spécialise dans cette production pour acheter aux autres pays, les produits pour lesquels il a le moins davantage.

Cela implique alors de laisser faire le jeu du marché en faveur du mieux-offrant, de ne pas tenter de mettre en place de protection douanière.

Mais si un pays n’a aucun avantage absolu, il doit tout acheter à l’extérieur et ne rien proposer en contrepartie. Cela semble inconcevable. Les limites de la théorie de l’avantage absolu ont été levée par David Ricardo (1772/1823), économiste classique anglais.

 

                                       Le saviez-vous?

David Ricardo

Ricardo comme son nom l’indique n’est pas d’origine anglaise. Ses parents sont portugais d’origine juive si bien qu’ils doivent quitter le pays …. Ils se réfugient tout d’abord aux Pays-Bas beaucoup plus tolérants, puis ils traversent le Channel pour s’installer à Londres où va naître David Ricardo, le troisième d’une famille de 17 enfants! Abraham Ricardo, le père de Ricardo travaille à la Bourse de Londres . Dès 14 ans, David Ricardo va prendre son chemin. Mais il se brouille avec sa famille, monte sa propre activité de change et fait fortune. Ils décident alors de se retirer des affaires pour se tourner vers la politique et la pensée économique. En 1819 il entre au Parlement après avoir acheté un siège de pair d’Irlande. Il va alors défendre avec ferveur le libre échange. Finalement ce n’est pas du hasard si le célèbre exemple de l’échange drap-vin, inventé par Ricardo pour illustrer l’avantage comparatif,  se fait entre l’Angleterre et le Portugal!

 

Reprenons le fameux exemple de la théorie des avantages comparatifs de Ricardo avec le tableau synthèse* ci-dessous . Les chiffres représentent le nombre d’heures de travail nécessaire pour produire une unité de bien.

 

Angleterre

Portugal

Drap

100

90

Vin

120

80

Total

220

170

*selon les chiffres de D. Ricardo dans Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)

Ainsi, pour fournir du drap et du vin l’Angleterre a besoin de 220 heures de travail, là où le Portugal n’en utilise que 170 heures. Le Portugal a un avantage absolu. Mais pourtant, Ricardo nous dit que l’Angleterre a quand même un avantage. En effet, pour le vin la différence Angleterre-Portugal est de 30 heures et moins de 10 heures pour le drap. L’Angleterre est donc relativement mieux doté pour produire du drap. Il faut donc qu’elle se spécialise dans ce domaine. En produisant 2 unités de draps, elle peut en garder 1 unité et échanger l’autre contre du vin, le pays aura alors gagné 20 heures de travail. Le Portugal est également gagnant. En produisant 2 unités de vin pour en garder une et échanger l’autre contre du drap, le pays gagne 10 heures de travail. Finalement la spécialisation et l’échange profite à tous les pays. L’échange est un jeu à somme positif comme dira bien plus tard, Krugman, l’économiste contemporain, prix Nobel d’économie. Mais revenons à la théorie des avantages comparatifs. On peut l’énoncer ainsi: une nation a intérêt à se spécialiser dans les productions où elle bénéficie du plus grand avantage comparatif, relatif, ou du plus faible désavantage comparatif.

La théorie implique donc la spécialisation du pays, c’est à dire une concentration des capacités de production sur un type de biens pour lequel sa compétence est la meilleure.

 Mais comment obtient-t-on des avantages comparatifs? Regard sur la théorie HOS ou théorie des dotations factorielles. Ces 3 lettres correspondent aux initiales des noms de 3 économistes importants   Heckscher Ohlin et Samuelson. Qui sont-ils? Il s’agit de 2 économistes suédois E.F Heckscher (1879/1952) et B. Ohlin (1899/1979) à l’origine de la théorie HO, complétée bien plus tard par l’économiste américain  P. Samuelson (1915/2009), célèbre professeur d’économie qui a formé de nombreux étudiants

La théorie HO: chaque pays est plus ou moins bien doté en facteur de production. Le coût de ces facteurs abondants ou rares, vont expliquer la disparité des prix et donc les différences entre les pays. Ils ont donc intérêt à se spécialiser dans la production qui utilise au mieux leurs facteurs de production. Ainsi, Certains pays vont exploiter leurs réserves naturelles de matières premières, d’autres vont profiter de leur main d’œuvre peu chère ou d’autres pays, plus développés vont profiter de l’atout d’une main d’œuvre très qualifiée

Le complément de Samuelson : Selon cette théorie, si les pays se spécialisent selon leurs facteurs de production alors:

.le taux de profit devra s’ égaliser partout. En effet au bout d’un certain temps les entreprises des pays bien dotés en facteurs de production dominent le marché et vendent au taux de profit qui leur permettent en retour d’acheter les autres produits.

. le pouvoir d’achat des travailleurs devra s’égaliser dans tous les pays.

D’un certain côté Samuelson n’ a pas tort, Le pouvoir d’achat des travailleurs de Corée du Sud ou du Japon des années 50 et d’aujourd’hui n’ont rien à voir. De même la Chine connait une montée de la classe moyenne. Mais cependant, Beaucoup de pays qui se sont spécialisés dans la production de certaines matières premières n’ont pas connu d’augmentation des taux de profit et le pouvoir d’achat des travailleurs a parfois régressé.

Mais face aux critiques ou au manque d’hypothèses réalistes des modèles de libre échange traditionnel, les nouvelles théories du commerce international vont venir les renforcer. En effet,  les théories traditionnelles ne permettent pas d’expliquer véritablement certains échanges. Par exemple comment expliquer le développement des échanges intrabranche? Ainsi l’entreprise française Renault  exporte des voitures en Allemagne et en retour l’entreprise Opel exporte des modèles parfois similaires vers la France. D’autre part, comment expliquer la spécialisation de certains pays? Ainsi l’Inde est devenu en quelques decennies leader dans la programmation informatique ou encore dans les conseils médicaux. Cette spécialisation, ne semble pas ‘naturelle’.

Face aux impasses des modèles traditionnels pour expliquer certaines réalités, des économistes comme Krugman ont bati des des modèles plus réalistes basés sur d’autres hypothèses. On abandonne l’hypothèse de la loi des rendements décroissants pour celle des rendements croissants, on ne retient plus la Concurrence Pure et Parfaite mais on raisonne en Concurrence Imparfaite…

On montre ainsi qu’un pays qui fait des efforts pour se spécialiser dans un domaine d’activité va en tirer des avantages liés aux économies d’échelle (plus on produit moins le coût de production est élevé) mais aussi aux effets d’apprentissage. (rendements croissants) Autrement dit c’est en premier lieu la spécialisation qui va encourager dans un deuxième temps les avantages comparatifs. C’est finalement une théorie endogène de l’échange international qui justifie l’intervention publique pour soutenir la spécialisation.

D’autre part, il existe de nombreux exemples de développement de pôle de compétence depuis les années 90 dont : La Sillicon Valley of course, mais aussi toutes les technopoles qui se développent partout. En France la technopole de Toulouse, berceau de Airbus, regroupe par exemple beaucoup d’entreprises innovantes dans le domaine aéronautique, informatique. Ces externalités positives créées par les synergies entre les firmes est donc à l’origine de rendements croissants.

Enfin on a pu remarquer que des produits similaires s’échangent (c’est l’exemple évoqué ci-dessus Renault-Opel). L’hypothèse de concurrence pure et parfaite ne permet pas de comprendre cet échange croisé, cat si il y a homogénéité des biens, une des 5 caractéristiques de la CPP, alors l’entreprise avec les meilleurs prix emportent le marché et il ne peut yavoir deux firmes concurrentes sur une même gamme. En revanche, on peut considéré des marchés de concurrence imparfaite. Les producteurs mettent alors en place une différenciation des produits pour échapper à la concurrence.

 

B Les effets positifs et les limites du libre échange

Le libre échange sera considéré après la deuxième guerre mondiale, comme le moyen de ne pas retomber dans le marasme économique de l’après 1929. Le General Agreement on Tariffs and Trade (GATT) adopté en 1947 par 23 pays avec l’objectif de réduire les tarifs douaniers s’est généralisé et il a finalement donné place en 1994 à l’Organisation Mondiale du Commerce (en anglais World Trade Organisation) qui se charge des règles du commerce international. Le siège de l’OMC se trouve à Genève. 

Quels sont les effets attendus du libre échange? Si nous rappelons que le libre échange se traduit par une concurrence exacerbée entre les économies nationales, nous comprenons que les bienfaits attendus sont ceux décrits par les économistes néo-classique déjà évoqués en première ES.

 Des bienfaits pour les consommateurs: la concurrence permet une baisse du prix des biens et des services ce qui va libérer du pouvoir d’achat qui va pouvoir permettre le développement de nouveaux marchés. On retrouve ainsi le cercle vertueux porteur de plus de production, d’emplois et de consommation et d’investissement.

Le libre échange permet d’autre part, aux consommateurs de profiter d’une variété plus importante de biens et services.

Du côté des producteurs, un marché international permet une baisse des prix des matières premières ou du capital physique ou encore une meilleure qualité grâce à une concurrence accrue.

D’autre part, la mondialisation du marché permet de réaliser des économies  d’échelle. Les baisses de coûts réalisés par unité produite peuvent alors se traduire soit par une baisse des prix favorisant les consommateurs, soit une augmentation des profits si l’entreprise bénéficie d’une rente de monopole. 

Enfin, les producteurs vont pouvoir bénéficier des transferts de technologie qui permettent de produire avec plus de performance.

Mais le libre échange amène de fortes contraintes et l’extension ne profite pas à tout le monde

Certains travailleurs des pays développés vont être directement en concurrence avec des travailleurs des pays moins développés qui se développent, notamment les emplois dans les secteurs d’activité en concurrence avec les pays où le coût de la main d’œuvre est moins chère. Cela va se traduire par des délocalisations transfert d’activités du pays d’origine vers un autre pays (à ne pas confondre avec externalisation c’est à dire le transfert d’une fonction d’une entreprise vers un sous-traitant). Des secteurs entiers vont connaître des pertes d’emplois considérables. Comment peut-on alors considéré que le libre-échange apporte le bien-être?

Plus globalement, face à la concurrence exacerbée, les pays vont exercer des pressions à la baisse des avantages pour rester compétitif vis-à-vis de l’extérieur. Cela se traduit par des politiques de flexibilités, visant à réduire les coûts, des remises en cause des droits sociaux pour limier les cotisations sociales. Ces mesures sont à l’origine de nombreux conflits dont nous nous faison l’écho dans le thème 9 Le conflit social

 

Du côté du producteur, une concurrence étrangère fait perdre des parts de marché et réduit les marges bénéficiaires. De plus, les producteurs des pays développés peuvent dénoncer une concurrence ‘déloyale’ car les règles de production ne sont pas les mêmes. Par exemple le salaire minimum et les cotisations sociales obligatoires augmentent les coûts de production dans les pays développés et les entreprises sont alors contraintes de délocaliser.

Une dernière critique importante du libre échange. Libérer le commerce, cela se traduit par plus de trafics routiers, aériens, plus de transports navals avec toutes les contraintes environnementales que cela induit. Destruction des zones naturelles pour construire des ports, des aéroports, des routes, pollutions atmosphériques … peut-on continuer une croissance économique basée sur le libre-échange alors que les contraintes environnementales sont de plus en plus fortes?

 

Pour échapper au libre échange, le protectionnisme …

III. Le protectionnisme

Le protectionnisme représente les mesures prises par un gouvernement pour empêcher ou limiter les importations de biens et de services

L’Europe et les États-Unis menacent souvent d’appliquer des barrières douanières face à la concurrence déloyale que se livre l’un ou l’autre. Qu’en est-il exactement? Peut-il y avoir du protectionnisme alors que les organismes internationaux prônent la libre concurrence?

A. Différentes formes de protectionnisme

Comment peut-on limiter certaines importations qui concurrencent l’industrie ou plus globalement l’économie locale?

Tout d’abord, le protectionnisme tarifaire autrement dit les taxes sur les produits importés.

C’est une des formes d’impôts les plus anciennes et aujourd’hui encore la plus facile à appliquer dans les pays pauvres ne bénéficiant pas d’une administration et d’informations susceptibles de lever d’autres formes d’impôts.

Remarque : il s’agit d’un protectionnisme défensif (protection contre l’arrivée de produits étrangers)

Cependant les accords du GATT puis de l’OMC limitent ce protectionnisme, sans pour autant l’interdire. L’OMC autorise notamment certaines protections tarifaires exceptionnelles en cas de dumping c’est à dire une concurrence déloyale car on vend à perte ou lorsque des importations massives déstabilisent fortement la production intérieure

Pour ne pas subir les sanctions de l’OMC, un protectionnisme tarifaire offensif plus subtil s’est mis en place. On favorise le marché en faussant le marché. Le pays peut subventionner certaines productions ou encore plus subtilement aider un secteur en engageant des dépenses nationales qui normalement doivent être supportées par les entreprises du secteur. C’est par exemple les subventions qui avantages les production nationales. La compagnie américaine Boeing et européenne Airbus s’accuse mutuellement d’obtenir des subventions ce qui fausse la concurrence.

On peut également réaliser une manipulation du taux de change. La Chine par exemple contrôle son taux de change en le rendant artificiellement le yuan plus bas que ce qu’il vaudrait réellement en laissant faire les forces du marché de la monnaie. Cette technique permet de garder des produits chinois a un prix extèmement avantageux au détriment des autres pays.

  Au delà du protectionnisme tarifaire, il est de plus en plus question de protectionnisme non tarifaire. Nous allons distinguer le protectionnisme non tarifaire quantitatif et qualitatif

-> Le quantitatif. Il concerne le contingentement des importations, par exemple en appliquant des quotas d’importations. Ainsi, les pays de l’Union Européenne peuvent exercer des menaces sur les importations de textiles à bas coûts chinois …

-> Le protectionnisme non tarifaire qualitatif

Il est plus insidieux, plus difficile à cerner et donc plus subtilement utilisé par les pays qui prônent ouvertement la libre concurrence mais mettent en place des mesures protectionnistes. Nous allons donner ci-dessous différentes formes de protectionnisme non tarifaire qualitatif.

-> Le pays peut exiger des licences d’importation

-> Le pays ou la zone régionale, peut mettre en place des normes très strictes qui permettent de limiter les importations.On peut mettre en place des normes de sécurité, des normes de qualité, des normes éthiques, des normes environnementales.

Les exemples sont multiples. L‘ Union européenne se protège contre l’importation de produits fabriqués par des enfants provenant de Pays En Développement. Ou encore l’Union Européenne interdit l’importation de produits agricoles OGM ce qui la protège notamment de nombreux produits agricoles américains.

Ces normes parfois extrêmement complexes selon les pays nécessitent souvent des experts. Pense à cela pour ta poursuite d’étude.

Tu viens de voir que les États n’acceptent pas aveuglément la concurrence étrangère, et parfois hypocritement, c’est à dire à l’encontre du discours officiel, mettent en place un grand nombre de mesures pour protéger leur économie locale. Mais est-ce un mal?

B Justifier le protectionnisme?

Le protectionnisme permet de protéger l’économie du pays et notamment les emplois contre l’arrivée de produits de l’étranger ou en favorisant les exportations du pays. Or historiquement, certains pays comme l’Allemagne ou les Etats-Unis ont mis en place des politiques protectionnistes, en le justifiant. Nous allons voir le protectionnisme éducateur de F. List ( 1798/ 1846)

 F. List est un économiste allemand à l’origine du Zollverein, l’union douanière entre les Etats allemands. C’est à la suite de son séjour aux États-Unis qu’il développera sa théorie! Cet économiste considère qu’un pays moins avancé que les autres doit protéger ses «  industries naissantes ». En effet, nous savons que dans un premier temps, les coûts de production sont plus élevés car il n’y a pas encore le phénomène d’économie d’échelle. En d’autre terme, il est nécessaire de protéger les secteurs nouveaux de l’économie du pays, sinon les entreprises seraient étranglées par la concurrence étrangère. Après la période de « protectionnisme éducateur » propice au développement, le pays pourrait alors s’ouvrir au libre échange.

Beaucoup de pays, aujourd’hui développés, ont suivi ce principe. Nous pouvons prendre l’exemple, bien sûr, de l’Allemagne du XIX ème mais aussi des États-Unis ou du Japon. Plus près de notre période, nous pouvons évoquer le développement très contrôlé de Taïwan ou encore de la Chine populaire.

En France l’historien et penseur J-M Jeanneney préconise un « nouveau protectionnisme à l’échelle européen ». Selon lui, les nombreux secteurs ouverts à la concurrence étrangère, ne sont pas compétitifs car notre protection sociale plus avancée, pèse d’un poids plus important sur le coût du travail. Les entreprises européennes implantées ici, ne sont donc plus compétitives et délocalisent ou font pression à la baisse sur le coût du travail. Cette pression continuelle orchestrée par l’ensemble des producteurs européens qui subissent la concurrence étrangère limite le pouvoir d’achat qui est pourtant l’élément clé de la croissance économique.

Il existe aussi d »autres justifications du protectionnisme:

L’économiste britannique keynésien, Kaldor (1908/1986) avance ainsi qu’il peut être nécessaire de protéger temporairement des industries vouées à disparaître afin de permettre de laisser du temps aux forces économiques de se repositionner dans des secteurs plus porteurs. En France, l’exemple typique concerne la région Lorraine qui bénéficia dans les années 80 de vastes subventions pour trouver de nouvelles perspectives face au déclin de l’industrie sidérurgique.

Un argument politique ou géostratégique. Certains activités peuvent être considérées comme essentiels et se doivent donc de rester nationales. Cela concerne en tout premier lieu le secteur de la défense mais également de nombreux autres activités sensibles. Exemples : le domaine énergétique, les transports, la santé, l’éducation, …

 

Et pourtant le protectionnisme c’est le risque du repli 

A terme le protectionnisme peut nous empècher de profiter  des bienfaits du libre-échange et des gains à l’échange.

  De plus si chaque pays met en place des mesures protectionnistes, nous rentrons dans un cercle infernal où par ricochet chaque zone économique va mettre en place des mesures de rétorsion. C’ est ce schéma dépressioniste des années 20 qu’il faut éviter.

IV. Les multinationales: les acteurs principaux de la mondialisation

A Des constats

les Firmes Multinationales , on dit encore Firmes Transnationales, sont des entreprises qui ont des filiales à l’étranger. L’extension du commerce mondial a permis aux entreprises de s’internationaliser … Une partie de plus en plus importante du commerce est un commerce intra-firmes, c’est à dire des échanges entre les filiales et la société mère d’une FMN ou encore entre les filiales du même groupe.

B. Les stratégies des firmes multinationales

Bien entendu, certaines firmes recherchent la délocalisation à l’étranger pour profiter d’une mains d’oeuvre moins chère. Mais pas que….

La compétitivité désigne la capacité à conserver ou augmenter ses parts de marché vis-à-vis de la concurrence . On distingue la compétitivité prix c’est à dire la capacité à proposer sur le marché des produits à des prix inférieurs que les concurrents et la compétitivité hors-prix ou structurelles c’est à dire garder ou augmenter les parts de marché grâce à d’autres stratégies que le prix.

La recherche de la compétitivité-prix

Profiter des avantages comparatifs du pays d’accueil. Cela peut concerner les pays à bas revenu qui attirent car leur main d’œuvre est bon marché mais aussi …

On retrouve l’externalisation ou la délocalisation …

La recherche de la compétitivité hors-prix

Cela peut concerner également les pays développés qui sont attractifs du fait d’un potentiel important en capital humain ou d’un réseau de distribution bien organisé ou ……

On est ainsi passé de la Division Internationale  du Travail (DIT) à la Division Internationale du Processus Productif (DIPP) c’est à dire que les FMN décident de produire à l’endroit où les avantages comparatifs sont les plus intéressants. Par exemple, si l’avantage d’un pays est lié aux bas coûts de la main d’œuvre alors les entreprises sur des secteurs à faible valeur ajoutée peuvent délocaliser.  Par contre, si une entreprise sur un secteur à forte valeur ajoutée, comme la mode ou encore les produits high-tech, veut profiter du fort potentiel du capital humain alors elle implantera une filiale dans un pays développé. cela explique l’augmentation fulgurante du commerce intra-firmes

 Au delà de la recherche de compétitivitéprix et hors-prix, les FMN peuvent rechercher d’autres stratégies: se rapprocher du consommateurs, d’un marché potentiel…  s’implanter sur le marché local pour ne pas payer les taxes douanières …se rapprocher de la clientèle ou d’un fournisseur. Ainsi lorsqu’un grande firme s’implante à l’étranger certains sous-traitants peuvent également ouvrir une filiale. De même, certaines firmes ne souhaitent pas laisser la concurrence organiser le marché à l’étranger. Elles sont donc inciter à poursuivre leur développement à l’international.

 

Ce thème nous a permis de comprendre finalement l’intérêt du libre échange. Il permet de développer de nouveaux marchés, de libérer du pouvoir d’achat mais il est aussi porteur d’angoisse et de problèmes sociaux car les menaces concurrentielles sont plus grandes. Le protectionnisme peut-être une solution mais à terme peut devenir un risque pour la croissance économique et le développement.

Philippe Herry 

MAJ 09/16. Si cet article t’as intéressé, tu peux laisser un commentaire ci-dessous

 

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