Le processus de socialisation

 
 
Comment apprend-t-on à vivre en communauté? Quel est le rôle de la famille? de l’école? 
Mais tout d’abord un petit questionnaire.
Les actes du tableau ci-dessous te paraissent-ils naturels ou culturels? On peut considérer, dans un premier temps,  que l’acte est culturel s’il est différent en fonction du milieu social dans lequel on évolue
  Acte naturel Acte culturel Exemples
parler   * On reprend les expressions entendues dans notre entourage. Certains ont un langage châtié alors que d’autres utilisent toujours des mots familiers
chanter   *
Le rythme, la hauteur, le phrasé … est lié au groupe auquel on appartient.
Quand chantons-nous? Les situations diffèrent selon les cultures. Par exemple, autrefois on chantait pour rythmer les travaux durs comme cela se fait encore dans certaines communautés.
Manger   *
Notre façon de manger est soumis à de multiples conventions: ne pas mettre les coudes sur la table, manger avec, une fourchette et un couteau,  des baguettes ou sans ustensile, manger rapidement ou lentement, seul ou en groupe, …
Pleurer   *
On ne pleure pas pour les mêmes faits sociaux. Dans certaines sociétés d’Afrique de l’Est on rit, on danse on chante lors d’un décès. Cela permet d’accompagner l’âme du défunt
Fonder une famille   * Selon les sociétés les modèles familiaux sont différents. Ainsi, la monogamie (du grec monos seul et gamos: mariage) est l’union conjugale la plus répandue. Pour autant, comme tu le sais, certaines sociétés reconnaissent la polygamie. On dit plus précisément la polygynie (du grec poly plusieurs et gynie femme), lorsque l’union conjugale permet à l’homme d’avoir plusieurs femmes. Dans certaines sociétés comme dans des régions reculées du Tibet ou encore dans la communauté Tobas dans le sud de l’Inde, une femme peut avoir plusieurs époux, c’est la polyandrie (du grec andros homme)
 

Tous les actes présentés dans le tableau sont culturels. Je te conseille un petit livre, écrit par un grand sociologue historien, Norbert Elias. Le livre s’intitule La civilisation des mœurs (1939). Il est facile à lire.  Se moucher, déféquer, faire l’amour, … naturel ou culturel d’après toi?

Finalement ce tableau nous rappelle que même si nous n’en avons pas conscience nos actions quotidiennes sont en réalité influencées, conditionnées, déterminées par des apprentissages sociaux.

La façon d’être des individus est déterminée par ses relations avec les autres.
 

I. Le processus de socialisation

    La socialisation, c’est le processus de formation de la personnalité. Plus précisément on doit distinguer la socialisation primaire, la socialisation liée à l’enfance et la socialisation secondaire c’est à dire la socialisation permanente au cours de la vie
   Quels sont les étapes de la socialisation? Si tu as un peu de temps, regarde le film de François Truffaut, L’enfant sauvage. En 1800, un enfant sauvage, est capturé par des paysans dans l’ Aveyron. Le docteur Itard tente de l’éduquer …

 

On peut retenir 3 étapes dans la construction sociale de l’individu;
Les deux premières étapes ont été étudiées notamment par le psychologue suisse J. Piaget (1896/1980)
 
→ dans un premier temps, l’enfant va assimiler ou acquérir des connaissances, des modèles, des valeurs de son entourage. Par quel procédé? On en retient trois
L’enfant va imiter son entourage. D’où l’importance des jeux
L’ enfant va obéir à des injonctions. ‘Fais pas ci, fais pas ça’ comme le chante J. Dutronc. 
L’enfant va apprendre par interaction
 
→ l’intériorisation des éléments culturels ou l’accomodation
Autrement dit, l’individu va s’approprier les attitudes propres au groupe dans lequel il évolue. Les façon de parler, de manger, de se comporter … l’être va se « fabriquer » socialement.
 
→ l’adaptation de la personne à son environnement social
Grâce aux éléments culturels intériorisé l’individu va pouvoir communiquer, échanger, juger. Il va pouvoir partager ou rejeter des idées, des sentiments, des goûts, des aspirations… des valeurs et des normes
 
Remarque; la socialisation nous amène à évoquer une notion importante, l’habitus, qui est un mot inventé par Pierre Bourdieu (1930/2002). P. Bourdieu est une figure incontournable en sociologie que tu vas croiser souvent dans l’enseignement des SES. Il a marqué profondément la matière à travers de nombreux écrits comme Les héritiers (1964), La reproduction sociale (1970) ou La distinction, Critique sociale du jugement (1979). Il a mis à jour des phénomènes que l’on ressentait mais que l’on ne savait pas bien expliquer, comme par exemple les inégalités scolaire, la reproduction d’une forme de domination, …
 L’habitus, c’est selon Bourdieu, l’ensemble des goûts, des comportements, des manières de percevoir, de dire, de ressentir qu’un individu reçoit de sa famille, de son milieu social.
 

II. Les valeurs et  Valeurs et normes (voir le thème de première ES)

La notion de socialisation nécessite de bien comprendre les 2 concepts de valeurs et normes

Les valeurs  correspondent  aux idéaux auxquels adhèrent les membres d’une communauté.

La norme c’est une règle de conduite en société

Exercice

des valeurs

des normes

le respect d’autrui

la liberté

l’égalité

la solidarité

la charité

l’honnêteté

l’austérité

le respect de la nature

l’humilité

la sagesse

le travail

le courage

la fidélité

la loyauté

le dévouement

la discipline

la générosité

le civisme

le patriotisme

la piété

l’oisiveté

la compétition

l’hospitalité

la tolérance

la curiosité, la culture, le savoir

la séniorité

la hiérarchie

le progrès

ne pas voler

ne pas mentir

payer ses impôts

exercer son droit de vote

obéir à ses supérieurs hiérarchiques

savoir recevoir l’étranger

aider son prochain en difficulté

ne pas tuer

reconnaître ses erreurs

s’engager en cas de guerre

savoir recevoir l’étranger

suivre le culte religieux

se marier

ne pas commettre de délation

ne pas tromper son conjoint

ne pas se plaindre

ne pas tricher

rester maître de soi

ne pas jouer de l’argent

ne pas faire d’heures supplémentaires

dénoncer le coupable d’un délit

prendre soin de ce qu’on nous prête

laisser sa place aux personnes âgées

faire ses devoirs

ne pas se moquer, ne pas insulter

ne pas se vanter

ne pas juger autrui

demander conseil aux plus âgés

Les classements sont liés à nos propres interprétations et peuvent donc être sujet à discussion

Questions (corrigé à la fin)

1) quelles sont les valeurs qui vous apparaissent comme étant complémentaires? (3 exemples)

2) quelles sont les valeurs qui vous apparaissent comme étant contradictoires? (3 exemples)

3) associez des valeurs et des normes qui correspondent.

Quels sont les agents qui nous transmettent les valeurs et les normes? Quelles sont les institutions qui nous socialisent?

 

III. Les agents de la socialisation

 Les agents de socialisation ont une influence sur la socialisation de l’individu
On peut distinguer les agents de socialisation liés à la socialisation primaire et à la socialisation secondaire.
Les agents de la socialisation primaire: la famille tout d’abord mais aussi l’école, les amis (en sociologie on dit les groupe de pairs) et les médias.
 
Les agents de la socialisation secondaire  les amis, l’entreprise ou l’administration et toujours les médias mais aussi les associations ou la religion …
 
Nous allons étudier 2 agents de socialisation; la famille et l’école
 

    A.  La famille

    La famille est l’institution fondamentale en matière de socialisation. Par imitation,
imprégnation l’enfant va acquérir son identité, sa personnalité. Il va se différencier.
 
Étude de cas: Peut-on dire que les jouets proposés aux enfants par exemple à Noël participe à la construction sociale de la fille et du garçon? Il y a un changement sensible des stéréotypes masculin/ féminin véhiculés par la société. Pour autant de nombreuses études montre la socialisation différenciée des parents. ¨Par exemple, Madame Belotti, pédagogue italienne,a écrit Du côté des petites filles (1973). Elle a observé des différences de comportement flagrant dès les premières secondes de vie
 
 
De même je ne t’apprends rien en disant que le milieu social va jouer un rôle clé dans la socialisation différenciée. On peut faire référence à beaucoup de films qui illustrent très bien cette idée. Par exemple le film de Gabriel Julien-Laferrière Neuilly ta mère sorti en 2008 ou, plus ancien mais toujours aussi fameux, le film La vie est un long fleuve tranquille (1988) d’Etienne Chatiliez.

    B.  L’école

    Tout d’abord un regard sur l’école maternelle avec le document Retrouve les valeurs et normes qui y sont véhiculées.

La socialisation à l’école est-elle complémentaire ou bien s’oppose t-elle à celle de la
famille ? Les normes et valeurs transmises par l’institution familiale ou par l’institution scolaire sont dans bien des cas identiques. Mais, lorsque les divergences entre la socialisation à l’école et dans la famille sont trop fortes, cela se traduit souvent par des parcours scolaires plus réduits. Mais,  ce n’est pas une règle intangible. B. Lahire sociologue français spécialisé dans la sociologie de l’éducation montre que dans certains cas des enfants issus de milieu défavorisé réalisent un très beau parcours scolaire.

 

 

Corrigé de l´exercice:   quelques réponses possibles parmi beaucoup d´autres

1) courage et ténacité/ respect de l’ordre établi et hiérarchie/ respect d’autrui et tolérance

2) courage et oisiveté/ liberté et respect de l’ordre établi/ égalité et séniorité

3) austérité et ne pas jouer de l’argent/ civisme et payer ses impôts/ fidélité et ne pas tromper son conjoint

 

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